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    <title>Billets on Clément Martin</title>
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    <description>Recent content in Billets on Clément Martin</description>
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      <title>Clément Martin</title>
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    <lastBuildDate>Tue, 04 Nov 2025 00:00:00 +0000</lastBuildDate>
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      <title>Traduction - 1000xRESIST</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/traduction-1000xresist/</link>
      <pubDate>Tue, 04 Nov 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/traduction-1000xresist/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En mars dernier, j&amp;rsquo;ai été mis en contact avec un certain Remy Siu qui cherchait à faire traduire un jeu au nom bizarre, &lt;em&gt;1000xRESIST&lt;/em&gt;, vers le français, le coréen et le portugais du Brésil. On discute, on se met d&amp;rsquo;accord sur les tarifs, les délais, j&amp;rsquo;invoque les &lt;a href=&#34;https://www.warlocs.com&#34;&gt;Warlocs&lt;/a&gt;, mon collectif de traducteurs de jeux vidéo, et le projet se met tout doucement sur les rails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les développeurs nous ayant envoyé des clés Steam pour nous familiariser avec le jeu, quand bien même j&amp;rsquo;ai le temps avant de me mettre à traduire, je me dis que je vais y jeter un œil. Je le lance, passe un menu très sobre, puis me retrouve face à une scène d&amp;rsquo;introduction dans des décors 3D minimalistes, avec des personnages style &lt;em&gt;anime&lt;/em&gt; : deux femmes en talons aiguilles, l&amp;rsquo;une tue l&amp;rsquo;autre dans une scène qui est sûrement tragique mais pour laquelle on ne dispose d&amp;rsquo;aucun contexte. Mes préjugés débiles s&amp;rsquo;emparent de moi, je sens presque le mot « japoniaiseries » se dessiner sur mes lèvres, et…&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>En mars dernier, j&rsquo;ai été mis en contact avec un certain Remy Siu qui cherchait à faire traduire un jeu au nom bizarre, <em>1000xRESIST</em>, vers le français, le coréen et le portugais du Brésil. On discute, on se met d&rsquo;accord sur les tarifs, les délais, j&rsquo;invoque les <a href="https://www.warlocs.com">Warlocs</a>, mon collectif de traducteurs de jeux vidéo, et le projet se met tout doucement sur les rails.</p>
<p>Les développeurs nous ayant envoyé des clés Steam pour nous familiariser avec le jeu, quand bien même j&rsquo;ai le temps avant de me mettre à traduire, je me dis que je vais y jeter un œil. Je le lance, passe un menu très sobre, puis me retrouve face à une scène d&rsquo;introduction dans des décors 3D minimalistes, avec des personnages style <em>anime</em> : deux femmes en talons aiguilles, l&rsquo;une tue l&rsquo;autre dans une scène qui est sûrement tragique mais pour laquelle on ne dispose d&rsquo;aucun contexte. Mes préjugés débiles s&rsquo;emparent de moi, je sens presque le mot « japoniaiseries » se dessiner sur mes lèvres, et…</p>
<p>… combien j&rsquo;avais tort. <a href="https://store.steampowered.com/app/1675830/1000xRESIST/"><em>1000xRESIST</em></a> est peut-être le jeu le mieux écrit et mis en scène auquel il m&rsquo;a été donné de jouer.</p>
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<h2 id="intime-et-politique">Intime et politique</h2>
<p>L&rsquo;intrigue de cette histoire science-fictionnelle étant très dense, non-linéaire, et une des grandes forces du jeu, je ne vais pas me lancer dans un résumé et me conterai de la situation initiale. Vous incarnez Qui-observe, une des sœurs au service de la MÈRE-DE-TOUTES, figure bienveillante quasi-divine qui règne sur le Verger, refuge futuriste d&rsquo;une communauté féminine où chacune a une fonction et une couleur. Tout est très ritualisé dans cette société autarcique, assiégée par les mystérieux Occupants, mais tout va bien. Jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un jour, une sœur s&rsquo;écarte du droit chemin, et alors le monde n&rsquo;est plus jamais pareil.</p>
<p>Je m&rsquo;arrête là. Vous l&rsquo;aurez compris, <em>1000xRESIST</em> est un jeu essentiellement narratif. La partie « jeu » est d&rsquo;ailleurs réduite à la portion congrue : pour l&rsquo;essentiel, on se déplace dans des environnements et on parle à une galerie de personnages. On l&rsquo;oublie cependant très vite, grâce à ses autres qualités : l&rsquo;écriture, la mise en scène, le jeu des acteurs. L&rsquo;équipe de <strong>sunset visitor 斜陽過客</strong> vient du spectacle vivant, et ils ont commencé à créer <em>1000xRESIST</em> lorsque le COVID faisait fermer les salles. Et ça se sent : les doublages sont d&rsquo;une grande justesse, quel que soit le registre, et plusieurs scènes m&rsquo;ont frappé par leur construction visuelle, le jeu sur la lumière, le positionnement dans l&rsquo;espace, etc.</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/traduction-1000xresist/images/1000xRESIST-2.jpg"></p>
<p>Ces grandes qualités sont au service d&rsquo;une histoire éminemment originale, qui parle de lutte et d&rsquo;oppression, de relations familiales et amoureuses, d&rsquo;identité et d&rsquo;immigration. Je n&rsquo;ai jamais rien vu de tel, et je ne sais pas si je rencontrerai à nouveau une autre histoire semblable. <em>1000xRESIST</em> est une démonstration chimiquement pure du fait que le personnel est politique. En allant chercher un récit profondément intime, le jeu touche à l&rsquo;universel. Il m&rsquo;accompagne depuis que je l&rsquo;ai terminé, et je crois que j&rsquo;y repenserai toujours.</p>
<p>(Et que j&rsquo;écouterai longtemps sa <a href="https://sunsetvisitor.bandcamp.com/album/1000xresist-original-soundtrack">bande originale</a>.)</p>
<h2 id="daccord-mais-et-à-traduire">D&rsquo;accord, mais et à traduire ?</h2>
<p>Je ne vais pas vous mentir, c&rsquo;était compliqué. Un univers si dense, original et personnel, on a envie de lui rendre justice. Je me sentais presque responsable. Toute une mythologie à recréer, une terminologie à adapter, le rythme, l&rsquo;humour, les allusions… C&rsquo;était un travail aussi complexe que passionnant.</p>
<p>Un simple exemple, qui a valu de longues et véhémentes discussions au sein de notre équipe : les noms. Les cinq sœurs principales du Verger se nomment en anglais <em>Watcher, Healer, Fixer, Knower,</em> et <em>Bang Bang Fire</em>. Ce sont des noms mais aussi des fonctions, qui riment et font pour la plupart deux syllabes, ce qui leur donne un côté simple, naturel. Comment faire en français ? Comment conserver le rythme et la simplicité quand les mots sont tous plus longs, les terminaisons toutes différentes, et que les traductions possibles ont des ramifications sémantiques extrêmement variées ? (Oh et, si ça n&rsquo;était pas assez compliqué : tous ces noms s&rsquo;articulent dans un poème qui est constamment cité dans le jeu.)</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/traduction-1000xresist/images/1000xResist-3.jpg"></p>
<p>C&rsquo;était compliqué. Il y avait mille solutions, et on a fini par en choisir une (et vous savez laquelle si vous avez lu jusqu&rsquo;ici avec attention). À titre personnel, j&rsquo;apprécie beaucoup notre décision finale, mais ça montre une fois de plus qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de vérité en traduction : seulement des choix.</p>
<h2 id="une-œuvre-unique">Une œuvre unique</h2>
<p>Ce projet m&rsquo;a coûté beaucoup de temps et d&rsquo;énergie, mais si c&rsquo;était à refaire, j&rsquo;y retounerais sans hésiter. C&rsquo;est un bijou, et je dirai même que c&rsquo;est un jeu nécessaire, terriblement pertinent dans l&rsquo;époque politique qu&rsquo;est la nôtre. Si vous êtes passé·e à côté parce que l&rsquo;esthétique vous rebutait, ou parce que tout ce texte anglais vous faisait peur, j&rsquo;espère que cet article vous aura donné envie d&rsquo;aller outre vos préjugés, et que notre traduction fera honneur à une histoire à laquelle je tiens désormais beaucoup.</p>
<p>Pour terminer, j&rsquo;aimerais remercier mes partenaires, aussi compétents que patients pendant mes questionnements et revirements :</p>
<ul>
<li>Pour la version française : Meredith Lacuve, Elina Mâcon et Killian Nari à la traduction, Cécile Gindrat et Jaufré Vessiller-Fonfreide à la relecture.</li>
<li>Pour la version coréenne : Lester Hong-Gi et Geonwoo Park</li>
<li>Pour la version en portugais du Brésil : Amélia Molino et Rômulo Wehling</li>
</ul>
<p>Je tiens aussi bien sûr à remercier toute l&rsquo;équipe de <strong>sunset visitor 斜陽過客</strong> qui a créé cette fantastique histoire, et qui nous a permis de traduire dans les meilleures conditions possibles (et merci bien sûr à l&rsquo;éditeur <strong>Fellow Traveller</strong>, qui a toujours le nez pour les merveilles narratives).</p>
<p>Surtout, merci infiniment à Alex, sans qui toute cette belle aventure n&rsquo;aurait pas eu lieu.</p>
<p>J&rsquo;espère que ce jeu vous touchera autant qu&rsquo;il m&rsquo;a touché.</p>
<p>Hekki et grâce.</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/traduction-1000xresist/images/1000xRESIST-4.jpg"></p>
<p><em>1000xRESIST est sorti le 9 mai 2024 sur Windows et Nintendo Switch. Les versions Playstation 5 et Xbox Series X/S sortent le mardi 4 novembre. Elles s&rsquo;accompagneront des traductions en coréen, français et portugais du Brésil. Le jeu est notamment en promotion <a href="https://store.steampowered.com/app/1675830/1000xRESIST/">sur Steam</a> jusqu&rsquo;au 12 novembre et, au cas où je n&rsquo;aurais pas été clair jusqu&rsquo;ici, vous devriez y jouer.</em></p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Traduction - La rage des dragons</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/traduction-la-rage-des-dragons/</link>
      <pubDate>Thu, 16 Oct 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/traduction-la-rage-des-dragons/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Le temps de l&amp;rsquo;édition étant ce qu&amp;rsquo;il est, ça faisait un moment que je n&amp;rsquo;avais pas eu de parution à annoncer. Je suis donc ravi de vous signaler qu&amp;rsquo;est sorti hier &lt;em&gt;La rage des dragons&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;Evan Winter, premier livre de fantasy de la collection &lt;strong&gt;Rivages/Imaginaire&lt;/strong&gt;. Je suis d&amp;rsquo;autant plus ravi que c&amp;rsquo;est un roman que j&amp;rsquo;ai adoré traduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier tome de ce qui est parti pour être une tétralogie de fantasy, &lt;em&gt;La rage des dragons&lt;/em&gt; prend place dans un monde d&amp;rsquo;inspiration africaine (Winter a grandi en Zambie, où vivaient ses ancêtres Xhosa). On y suit la vie de Tau, jeune combattant en formation appartenant au peuple des Oméhis, en guerre perpétuelle contre leurs voisins les Hédénis dont ils ont envahi les terres près de deux siècles plus tôt.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Le temps de l&rsquo;édition étant ce qu&rsquo;il est, ça faisait un moment que je n&rsquo;avais pas eu de parution à annoncer. Je suis donc ravi de vous signaler qu&rsquo;est sorti hier <em>La rage des dragons</em> d&rsquo;Evan Winter, premier livre de fantasy de la collection <strong>Rivages/Imaginaire</strong>. Je suis d&rsquo;autant plus ravi que c&rsquo;est un roman que j&rsquo;ai adoré traduire.</p>
<p>Premier tome de ce qui est parti pour être une tétralogie de fantasy, <em>La rage des dragons</em> prend place dans un monde d&rsquo;inspiration africaine (Winter a grandi en Zambie, où vivaient ses ancêtres Xhosa). On y suit la vie de Tau, jeune combattant en formation appartenant au peuple des Oméhis, en guerre perpétuelle contre leurs voisins les Hédénis dont ils ont envahi les terres près de deux siècles plus tôt.</p>
<p>Tau n&rsquo;a pas vraiment envie de devenir un guerrier, mais dans la société de castes rigide et ultramilitariste qu&rsquo;est celle des Élus (le nom que se donnent les Oméhis), il n&rsquo;a pas vraiment le choix. Alors qu&rsquo;il essaie de trouver une façon d&rsquo;échapper au front, une tragédie frappe sa famille, et rejoindre l&rsquo;armée devient alors la seule façon pour lui d&rsquo;assouvir son désir de vengeance.</p>
<p>Vous l&rsquo;aurez compris, on a ici affaire à de la fantasy épique pur jus, qui fait la part belle à des combats très rythmés, à des moments poignants, mais aussi à un univers complexe et à des personnages convaincants. Cette fantasy sort également du lot grâce à l&rsquo;imaginaire que déploie Winter, pour créer lequel il a pioché dans l&rsquo;histoire et les traditions de différents pays d&rsquo;Afrique. Il a ainsi abouti à quelque chose d&rsquo;aussi personnel qu&rsquo;intéressant à traduire.</p>
<p>Et pour cause : comme toujours avec les univers secondaires (donc distincts du nôtre, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de fantasy ou de science-fiction), il y a tout un lexique à s&rsquo;approprier et à réinventer en français.</p>
<figure><img loading="lazy" src="/fr/posts/traduction-la-rage-des-dragons/images/castesRageOfDragons.png"
         alt="L&#39;arbre des castes en anglais"/> <figcaption>
            <p>L&rsquo;arbre des castes en anglais</p>
        </figcaption>
</figure>

<p>Plusieurs exemples :</p>
<ul>
<li>la société oméhie est composée de plus d&rsquo;une dizaine de castes, autant de noms pour lesquels trouver le mot juste, et qui sonne ! Et sans doublons…</li>
<li>l&rsquo;anglais n&rsquo;accorde jamais les noms des peuples, <em>Omehi</em> et <em>Hedeni</em>. Mais qu&rsquo;en faire en français ? Est-ce que la fidélité à l&rsquo;original ne risque pas de donner un résultat confus ?</li>
<li>et quid de l&rsquo;orthographe de tous les mots empruntés au zulu (<em>isihogo, ihagu, indlovu…</em>) ? Faut-il les garder tels quels, ou employer une transcription phonétique, solution adoptée historiquement en français (et donc écrire zoulou plutôt que zulu) ?</li>
</ul>
<p>Et tout ça sans parler du worldbuilding discret, du style très dynamique auquel il faut rendre justice, et de bien d&rsquo;autres choses qui ont constitué un travail passionnant.</p>
<p><em>La rage des dragons</em> est donc disponible dans toutes les bonnes librairies, et j&rsquo;espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j&rsquo;en ai eu à le traduire.</p>
<p>Vous trouverez d&rsquo;autres infos (chroniques, etc.) sur <a href="/fr/portfolio/edition/evan-winter-la-rage-des-dragons/">la page du livre dans mon portfolio</a></p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Réouverture en grande pompe</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/reouverture-en-grande-pompe/</link>
      <pubDate>Sat, 06 Sep 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/reouverture-en-grande-pompe/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Comme je le promettais dans &lt;a href=&#34;https://clement-martin.fr/fr/posts/travaux-et-nouvelles/&#34;&gt;mon précédent billet&lt;/a&gt;, voici mon nouveau site, tout neuf, tout beau. Faites attention, la peinture est encore fraîche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n&amp;rsquo;y a pas d&amp;rsquo;ajout majeur en contenu par rapport à la précédente mouture, mais cette fois-ci je l&amp;rsquo;ai entièrement fabriqué avec mes petites mains (ainsi qu&amp;rsquo;avec &lt;a href=&#34;https://gohugo.io/&#34;&gt;hugo&lt;/a&gt;, un générateur de sites statiques, et &lt;a href=&#34;https://adityatelange.github.io/hugo-PaperMod/&#34;&gt;PaperMod&lt;/a&gt;, un thème pour hugo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi prendre tout ce temps pour apprendre à utiliser ces outils et remettre à jour mon site moi-même ? Parce que ça m&amp;rsquo;amuse, déjà. Parce que je trouvais wordpress incroyablement lourdingue, ensuite. Mais aussi et surtout parce que ça participe d&amp;rsquo;une idée de réappropriation technologique à laquelle j&amp;rsquo;apporte de plus en plus d&amp;rsquo;importance (j&amp;rsquo;en parlais &lt;a href=&#34;https://clement-martin.fr/fr/posts/outils-libres/&#34;&gt;ici&lt;/a&gt;). En bref, j&amp;rsquo;aime beaucoup l&amp;rsquo;idée de cultiver mon petit bout de jardin virtuel.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Comme je le promettais dans <a href="/fr/posts/travaux-et-nouvelles/">mon précédent billet</a>, voici mon nouveau site, tout neuf, tout beau. Faites attention, la peinture est encore fraîche.</p>
<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ajout majeur en contenu par rapport à la précédente mouture, mais cette fois-ci je l&rsquo;ai entièrement fabriqué avec mes petites mains (ainsi qu&rsquo;avec <a href="https://gohugo.io/">hugo</a>, un générateur de sites statiques, et <a href="https://adityatelange.github.io/hugo-PaperMod/">PaperMod</a>, un thème pour hugo).</p>
<p>Pourquoi prendre tout ce temps pour apprendre à utiliser ces outils et remettre à jour mon site moi-même ? Parce que ça m&rsquo;amuse, déjà. Parce que je trouvais wordpress incroyablement lourdingue, ensuite. Mais aussi et surtout parce que ça participe d&rsquo;une idée de réappropriation technologique à laquelle j&rsquo;apporte de plus en plus d&rsquo;importance (j&rsquo;en parlais <a href="/fr/posts/outils-libres/">ici</a>). En bref, j&rsquo;aime beaucoup l&rsquo;idée de cultiver mon petit bout de jardin virtuel.</p>
<p>Et je pourrai y laisser pousser ce que je veux, au gré de mes envies. Par exemple, vous trouverez dans l&rsquo;onglet <a href="/fr/projets/">Projets</a> les quatre premières nouvelles du Bradbury challenge 2025, que j&rsquo;écris au rythme de une par semaine. Ce n&rsquo;est pas facile, mais je m&rsquo;y tiens !</p>
<p>Je vous laisse donc visiter, et je vous conseille de revenir vite car j&rsquo;annoncerai bientôt plusieurs parutions dont je ne suis pas peu fier… à suivre.</p>
<p>À bientôt !</p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Travaux et nouvelles</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/travaux-et-nouvelles/</link>
      <pubDate>Sat, 06 Sep 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/travaux-et-nouvelles/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Voilà quelque temps que je n&amp;rsquo;ai pas donné de mes nouvelles sur cette page. Ce temps est bientôt révolu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normalement, j&amp;rsquo;aurai bientôt (comprendre : avant 2026) un site tout neuf, fait avec mes petites mains. Ça ne devrait plus tarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, et parce qu&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;est jamais assez occupé, j&amp;rsquo;ai décidé de me lancer dans le Bradbury challenge 2025 organisé par &lt;a href=&#34;https://steady.page/fr/nouvelles-corail/posts/ca660e9b-fca2-4e35-9d38-79b067727880&#34;&gt;Nouvelles corail&lt;/a&gt; : écrire une nouvelle par semaine pendant un an (soit cinquante-deux nouvelles, donc). L&amp;rsquo;idée étant de me pousser à écrire.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Voilà quelque temps que je n&rsquo;ai pas donné de mes nouvelles sur cette page. Ce temps est bientôt révolu !</p>
<p>Normalement, j&rsquo;aurai bientôt (comprendre : avant 2026) un site tout neuf, fait avec mes petites mains. Ça ne devrait plus tarder.</p>
<p>En attendant, et parce qu&rsquo;on n&rsquo;est jamais assez occupé, j&rsquo;ai décidé de me lancer dans le Bradbury challenge 2025 organisé par <a href="https://steady.page/fr/nouvelles-corail/posts/ca660e9b-fca2-4e35-9d38-79b067727880">Nouvelles corail</a> : écrire une nouvelle par semaine pendant un an (soit cinquante-deux nouvelles, donc). L&rsquo;idée étant de me pousser à écrire.</p>
<p>Si ça vous intéresse, cliquez sur le lien ci-dessus, et si vous voulez voir ce que j&rsquo;arrive à produire, j&rsquo;ai bricolé <a href="https://bradbury2025.clement-martin.fr/">un petit site</a> à cet effet par ici.</p>
<p>Bonne lecture, et à bientôt !</p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>« Et l&#39;IA, alors ? »</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/et-lia-alors/</link>
      <pubDate>Thu, 05 Jun 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/et-lia-alors/</guid>
      <description>&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est la question qu&amp;rsquo;on me pose invariablement quand je dis que je suis traducteur. Parfois, le sous-entendu est « C&amp;rsquo;est utile ? Tu t&amp;rsquo;en sers ? » ; parfois, c&amp;rsquo;est plutôt « Alors, ce chômage, c&amp;rsquo;est pour quand ? » Et la question est légitime ! Je suis raisonnablement technophile (je me suis quand même &lt;a href=&#34;https://clement-martin.fr/fr/posts/et-lia-alors/&#34;&gt;fait fabriquer un clavier&lt;/a&gt; !), alors pourquoi est-ce que, en tant que traducteur, je n&amp;rsquo;utiliserais pas un outil de traduction comme il y en a tant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour de nombreuses raisons (et parce que j&amp;rsquo;ai le choix de ne pas le faire ; ce n&amp;rsquo;est pas le cas de tout le monde, j&amp;rsquo;y reviendrai). Avant que je les expose, une clarification s&amp;rsquo;impose : j&amp;rsquo;emploie l&amp;rsquo;expression « IA » (= intelligence artificielle) car c&amp;rsquo;est le terme employé un peu partout à l&amp;rsquo;heure actuelle pour désigner les grands modèles de langage (outils d&amp;rsquo;intelligence artificielle &lt;strong&gt;&lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative&#34;&gt;générative&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; dont le plus connu est ChatGPT, produit par la société OpenAI) et dans une moindre mesure les logiciels de traduction automatique neuronale (comme DeepL). Ce sont ces « outils » auxquels je m&amp;rsquo;oppose. Je n&amp;rsquo;ai rien contre les IA qui aident à décoder le génome, à prévoir les catastrophes naturelles, ou à me faire croire que je suis intelligent quand je joue aux jeux vidéo. Je ne suis pas technophobe et j&amp;rsquo;ai une cible précise quand je parle d&amp;rsquo;IA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point évacué, voyons pourquoi je suis contre l&amp;rsquo;IA en traduction.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est la question qu&rsquo;on me pose invariablement quand je dis que je suis traducteur. Parfois, le sous-entendu est « C&rsquo;est utile ? Tu t&rsquo;en sers ? » ; parfois, c&rsquo;est plutôt « Alors, ce chômage, c&rsquo;est pour quand ? » Et la question est légitime ! Je suis raisonnablement technophile (je me suis quand même <a href="/fr/posts/et-lia-alors/">fait fabriquer un clavier</a> !), alors pourquoi est-ce que, en tant que traducteur, je n&rsquo;utiliserais pas un outil de traduction comme il y en a tant ?</p>
<p>Pour de nombreuses raisons (et parce que j&rsquo;ai le choix de ne pas le faire ; ce n&rsquo;est pas le cas de tout le monde, j&rsquo;y reviendrai). Avant que je les expose, une clarification s&rsquo;impose : j&rsquo;emploie l&rsquo;expression « IA » (= intelligence artificielle) car c&rsquo;est le terme employé un peu partout à l&rsquo;heure actuelle pour désigner les grands modèles de langage (outils d&rsquo;intelligence artificielle <strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative">générative</a></strong> dont le plus connu est ChatGPT, produit par la société OpenAI) et dans une moindre mesure les logiciels de traduction automatique neuronale (comme DeepL). Ce sont ces « outils » auxquels je m&rsquo;oppose. Je n&rsquo;ai rien contre les IA qui aident à décoder le génome, à prévoir les catastrophes naturelles, ou à me faire croire que je suis intelligent quand je joue aux jeux vidéo. Je ne suis pas technophobe et j&rsquo;ai une cible précise quand je parle d&rsquo;IA.</p>
<p>Ce point évacué, voyons pourquoi je suis contre l&rsquo;IA en traduction.</p>
<h2 id="un-outil-médiocre">Un outil médiocre</h2>
<p>Je commencerai par reconnaître ma situation de privilège : la raison la plus immédiate pour laquelle je n&rsquo;utilise pas l&rsquo;IA, c&rsquo;est que j&rsquo;exerce mon métier de traducteur dans de bonnes conditions. Les maisons d&rsquo;édition pour lesquelles je travaille pratiquent des tarifs décents, et je ne travaille pas pour des agences de traduction qui veulent à tout prix faire baisser leurs tarifs et poussent à l&rsquo;usage de l&rsquo;IA. J&rsquo;ai suffisamment de travail, et je suis assez bien payé pour ne pas devoir aller toujours plus vite afin de mettre un toit sur ma tête et du pain sur la table.</p>
<p>Par conséquent, pourquoi est-ce que je voudrais accélérer le processus de traduction, qui est précisément ce dont je tire du plaisir ? Chercher le bon mot, reprendre dix fois une phrase avant de trouver la bonne tournure, revenir sur un texte qu&rsquo;on a laissé reposer et avoir un moment eurêka… je n&rsquo;ai aucunement envie de précipiter tout ça. Par ailleurs, dans mes domaines de spécialité (= les livres et les jeux vidéo), les prétendues qualités de l&rsquo;IA se heurtent vite à l&rsquo;épreuve du réel. Cela se traduit, à l&rsquo;échelle d&rsquo;un roman, par des problèmes de cohérence (un exemple parmi tant d&rsquo;autres : tutoiement et vouvoiement mélangés sans aucune logique). À l&rsquo;inverse, quand il s&rsquo;agit, comme souvent en jeu vidéo, de traduire quelques mots incompréhensibles sans ce qui s&rsquo;affiche à l&rsquo;écran, l&rsquo;IA est bien en peine de le faire, n&rsquo;ayant pas accès à ce contexte externe.</p>
<p>Un bien piètre outil, donc, et un que je n&rsquo;ai pas envie d&rsquo;utiliser. Tout le monde devrait en faire autant, problème réglé.</p>
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<p><img alt="Image d&rsquo;un tweet mettant en parallèle la VO et la VF d&rsquo;un écran promotionnel du jeu Sea of Thieves, dans lequel «\u202fPresent\u202f» a été traduit (à tort) par «\u202fcadeau\u202f»." loading="lazy" src="/fr/posts/et-lia-alors/images/20250605-MicrosoftCadeau.png#center"></p>
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<p>Sans commentaire.</p>
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<p>Ce n&rsquo;est évidemment pas si simple ! Car ceux qui embauchent les traducteurices et qui nous vendent l&rsquo;IA en traduction savent bien que c&rsquo;est un outil médiocre. Mais ils s&rsquo;en moquent, car leur principal intérêt est ailleurs : accélérer le rendement. Traduire plus, plus vite, pour moins cher. Quand on propose aux traducteurices de faire de la <strong>postédition</strong>, donc de relire ce que produit la machine au lieu de traduire, il ne s&rsquo;agit « que de relecture », après tout. Il est donc tout naturel de diviser les tarifs par deux. Et tant pis si la postédition est un travail profondément aliénant car les erreurs ne suivent aucune logique humaine. Tant pis si le résultat est tout juste passable car on fait relire d&rsquo;immenses volumes en très peu de temps. Tant pis si les conditions de travail se dégradent. On va plus vite ; ils gagnent plus.</p>
<p>Je pourrais m&rsquo;arrêter là, et simplement souligner que des commanditaires peu scrupuleux promeuvent l&rsquo;IA pour faire des économies aux dépens de l&rsquo;expertise, de la santé et du bonheur de travailleurs et travailleuses qui se voient obligés de céder à ce chantage à la postédition. Cela s&rsquo;est déjà produit dans d&rsquo;autres domaines comme la traduction technique, et personne n&rsquo;est à l&rsquo;abri de la réduction des coûts, pas même ceux qui pensent, de façon assez nauséabonde, que la « traduction littéraire » ne passera jamais à la moulinette de l&rsquo;IA car c&rsquo;est un métier trop noble (quoi que ça veuille dire). Personne n&rsquo;est à l&rsquo;abri de la réduction des coûts.</p>
<p>Je pourrais m&rsquo;en tenir là. Mais malheureusement, l&rsquo;IA a bien d&rsquo;autres problèmes.</p>
<h2 id="la-question-des-données-dentraînement">La question des données d&rsquo;entraînement</h2>
<p>Si on sort momentanément du domaine de l&rsquo;écrit, on voit beaucoup d&rsquo;illustrateurs et illustratrices qui sont vent debout contre l&rsquo;utilisation de l&rsquo;IA. C&rsquo;est compréhensible ; ils et elles connaissent une dégradation semblable de leurs conditions de travail, quand les contrats ne disparaissent pas purement et simplement parce qu&rsquo;un client décide, par exemple, de faire créer toute sa charte graphique par une IA. Mais ce n&rsquo;est pas tout : il y a aussi la question du <strong>plagiat</strong>.</p>
<p>Comment une machine peut-elle plagier quoi que ce soit ? Pour le comprendre, il faut faire un petit détour par le fonctionnement des IA . Fondamentalement, ce sont des machines probabilistes : une IA affiche, segment par segment, la suite la plus probable à une requête donnée. Comment détermine-t-elle ce qui est probable ou non ? En ayant ingurgité une quantité monstrueuse de données, qu&rsquo;elle analyse par essai et erreur à l&rsquo;aide d&rsquo;une puissance de calcul tout aussi monstrueuse. En quelque sorte, l&rsquo;IA est la version appliquée du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_du_singe_savant">paradoxe du singe savant</a>, qui veut que si on laisse un singe taper indéfiniment sur une machine à écrire, il finira statistiquement par écrire Hamlet. Si chacune des milliards d&rsquo;unités de calcul de ChatGPT est l&rsquo;un de ces singes, alors plus besoin d&rsquo;attendre indéfiniment : on peut très vite obtenir <em>Hamlet</em>.</p>
<p>Et si Shakespeare n&rsquo;est plus là pour se plaindre que l&rsquo;on copie sa célèbre tragédie, ce n&rsquo;est pas le cas de tous les artistes dont les données ont servi à entraîner les IA. On a ainsi vu des œuvres visuelles presque intégralement reproduites, jusqu&rsquo;à la signature des artistes, sans l&rsquo;accord de ces derniers. Les patrons d&rsquo;OpenAI s&rsquo;en sont parfois défendus, prétextant qu&rsquo;il est difficile de savoir sur quelles données exactement les IA ont été entraînées. Dans d&rsquo;autres cas, ils s&rsquo;en sont vantés, comme lorsque la maison mère de ChatGPT a publié une mise à jour permettant de générer des images imitant le style des studios Ghibli. Et ça n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs rien d&rsquo;innocent : si ChatGPT peut copier le style d&rsquo;un des plus grands noms de l&rsquo;animation, qui attache notoirement beaucoup d&rsquo;importance au savoir-faire humain, alors il peut copier le style de tous. Les artistes n&rsquo;ont aucun poids face à la machine, semblent-ils affirmer.</p>
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<p><img alt="BD en 4 cases montrant un robot qui vole le travail d&rsquo;une artiste, le mange et le fait passer pour le sien." loading="lazy" src="/fr/posts/et-lia-alors/images/20250605-LookAtMyArt-1024x1024.jpg#center"></p>
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<p>« Look at my art », par Tragic Girls</p>
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<p>C&rsquo;est donc bien là du plagiat : à partir de données acquises sans le consentement de leurs auteurs, ChatGPT génère des images qui en copient éhontément le style. Et il en va de même pour le texte : ChatGPT utilise certes des textes libres de droit, mais aussi des textes soumis au droit d&rsquo;auteur, qui pourraient tout à fait figurer tels quels dans une traduction générée par IA. En croyant gagner du temps, on se rend donc potentiellement coupable de violation du droit d&rsquo;auteur. Et si on ne refuse pas explicitement à ce que la machine ingurgite nos œuvres, elles seront utilisées, sans le moindre scrupule.</p>
<p>L&rsquo;IA est donc un outil médiocre qui peut produire un plagiat du travail d&rsquo;autrui, et ce sans que l&rsquo;utilisateur n&rsquo;en sache rien, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a <strong>aucune transparence</strong> sur les données utilisées. Un tableau bien peu reluisant. Et ça, c&rsquo;est avant qu&rsquo;on parle de son coût énergétique.</p>
<h2 id="un-puits-sans-fond">Un puits sans fond</h2>
<p>Vous avez peut-être vu passer ce chiffre très inquiétant : chaque brève conversation avec ChatGPT <a href="https://www.lesnumeriques.com/societe-numerique/le-chiffre-une-requete-chatgpt-consomme-t-elle-vraiment-500-ml-d-eau-n226831.html">consommerait 50 cL d&rsquo;eau</a>. Il est disputé, et il est vrai qu&rsquo;il est difficile de déterminer précisément la consommation engendrée par chaque requête faite à l&rsquo;IA. Peut-être ce chiffre est-il à relativiser ? Peut-être. Mais ce qui n&rsquo;est pas à relativiser, c&rsquo;est que les entreprises de l&rsquo;IA sont en train de faire <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/un-monde-connecte/quand-les-gafam-rallument-la-machine-nucleaire-2401200">rallumer et/ou construire</a> des réacteurs nucléaires pour alimenter leurs <em>data centers</em> titanesques. Ce qui n&rsquo;est pas à relativiser, c&rsquo;est que ces data centers sont souvent <a href="https://usbeketrica.com/fr/observations/les-nouveaux-data-centers-exploites-par-les-geants-de-la-tech-puiseront-de-l-eau-dans-les-regions-les-plus-arides-du-monde">construits dans des zones déjà arides</a>, accentuant les sécheresses qui frappent déjà ceux qui y habitent.</p>
<p>On pourrait être tenté de se dire que, certes, tout cela consomme beaucoup aujourd&rsquo;hui, mais qu&rsquo;une fois ces infrastructures construites, on pourra profiter des « avancées » de l&rsquo;IA la conscience tranquille. C&rsquo;est oublier l&rsquo;idéologie mortifère des promoteurs de l&rsquo;IA. En effet, ce sont avant tout des marchands de promesses : ils affirment volontiers que l&rsquo;IA va générer d&rsquo;incroyables progrès scientifiques, faire baisser le coût de la vie pour tous, et que, dans un évènement appelé la « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Singularit%C3%A9_technologique">singularité</a> », l&rsquo;IA deviendra une intelligence consciente supérieure qui pourra alors résoudre tous les problèmes de l&rsquo;humanité.</p>
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<p><img alt="Photographie montrant la centrale nucléaire de 3 Mile Island" loading="lazy" src="/fr/posts/et-lia-alors/images/20250605-3MileIsland-1024x677.avif#center"></p>
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<p>Centrale de 3 Mile Island (© Bradley C Bower/AP)</p>
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<p>Ces promesses sont peut-être sincères, je ne peux évidemment rien en savoir. Mais il est plus probable qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse que d&rsquo;une façon de générer de l&rsquo;enthousiasme et de lever des capitaux pour continuer le développement des IA et, ce faisant, de faire monter le cours de l&rsquo;action d&rsquo;OpenAI. La prochaine grande avancée est toujours à quelques millions de dollars de là. Si on remplit les poches des actionnaires en essayant de l&rsquo;atteindre… ça ne peut pas faire de mal. Quant à savoir si la spéculation sur l&rsquo;IA s&rsquo;arrêtera un jour, je n&rsquo;en sais rien. Ce que je sais, c&rsquo;est que les marchés, eux, appellent à toujours plus de croissance économique, et donc de consommation énergétique. Les promoteurs de l&rsquo;IA feront-ils exception à la règle ? Je ne le crois pas.</p>
<h2 id="que-faire">Que faire ?</h2>
<p>En conclusion, revenons au point de départ : non, je n&rsquo;utilise pas, et je n&rsquo;ai aucune envie d&rsquo;utiliser l&rsquo;IA pour la traduction. Parce que c&rsquo;est un outil médiocre, parce que cela revient à du plagiat à peine déguisé, et parce que c&rsquo;est une catastrophe écologique en puissance qui existe principalement pour augmenter les revenus des grandes entreprises de technologie.</p>
<p>Cela étant, je ne jette évidemment pas la pierre à ceux et celles qui se voient obligé·es de l&rsquo;utiliser car on leur impose la postédition, par exemple. Parfois, on n&rsquo;a pas le choix : la suprématie de l&rsquo;IA est tellement présentée comme un futur inévitable, que nombre de nos clients ou patrons se laissent berner, de plus ou moins bon gré. C&rsquo;est une prophétie autoréalisatrice : un PDG persuadé que l&rsquo;IA va remplacer ses employés va licencier pour s&rsquo;adapter à la venue de l&rsquo;IA et… miracle, l&rsquo;IA aura remplacé ses employés.</p>
<p>Mais pour tous les autres, pour toutes celles et ceux qui ne sont pas (encore ?) concerné·es par le chômage-induit-par-IA, une seule chose à faire : refusez catégoriquement d&rsquo;utiliser ce prétendu outil. Fourbissez vos arguments en vous documentant, en consultant par exemple le site du collectif <a href="https://enchairetenos.org/">en chair et en os</a>. Dès que vous en avez l&rsquo;occasion, rappelez les limites et les coûts du projet mortifère qu&rsquo;est le tout IA. Je me suis cantonné ici à parler de l&rsquo;effet sur mon métier de traducteur, mais les conséquences dans d&rsquo;autres domaines, comme l&rsquo;éducation, sont déjà catastrophiques. Partout, il faut combattre pied à pied ce sinistre projet.</p>
<p>L&rsquo;IA n&rsquo;est pas le futur. C&rsquo;est une vision du futur, promue par une poignée d&rsquo;oligarques pour leur enrichissement personnel aux dépens du reste de l&rsquo;humanité. Pour paraphraser <a href="https://thenib.com/im-a-luddite/">une excellente BD de Tom Humberstone</a> : si c&rsquo;est là notre futur, alors il faut le saboter.</p>
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<p><a href="https://thenib.com/im-a-luddite/"><img alt="Dessin de Tom Humberstone montrant deux travailleurs habillés dans un style 19e siècle détruire un ordinateur portable à la masse." loading="lazy" src="/fr/posts/et-lia-alors/images/20250605-Humberstone-Luddite.webp#center"></a></p>
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<p>Tom Humberstone - Je suis Luddite (pourquoi pas vous ?)</p>
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    </item>
    <item>
      <title>Outils libres</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/outils-libres/</link>
      <pubDate>Mon, 31 Mar 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/outils-libres/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, je vous parlais des réseaux sociaux, et de comment je voulais m&amp;rsquo;en défaire pour que mon auto-promotion ne dépende plus des lubies de grands patrons. Dans un même mouvement de, disons, &lt;a href=&#34;https://degooglisons-internet.org/fr/&#34;&gt;dégooglisation&lt;/a&gt; au sens large, je me suis dit que j&amp;rsquo;allais essayer d&amp;rsquo;étendre cette attitude au reste de mes outils de travail. C&amp;rsquo;est donc l&amp;rsquo;occasion de faire le point dans ce petit billet sur ceux que j&amp;rsquo;utilisais quotidiennement en tant que traducteur de l&amp;rsquo;anglais, et ceux que j&amp;rsquo;utilise désormais.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelques semaines, je vous parlais des réseaux sociaux, et de comment je voulais m&rsquo;en défaire pour que mon auto-promotion ne dépende plus des lubies de grands patrons. Dans un même mouvement de, disons, <a href="https://degooglisons-internet.org/fr/">dégooglisation</a> au sens large, je me suis dit que j&rsquo;allais essayer d&rsquo;étendre cette attitude au reste de mes outils de travail. C&rsquo;est donc l&rsquo;occasion de faire le point dans ce petit billet sur ceux que j&rsquo;utilisais quotidiennement en tant que traducteur de l&rsquo;anglais, et ceux que j&rsquo;utilise désormais.</p>
<p>Mais de quoi a-t-on besoin, quand on est traducteur ? Réfléchissons :</p>
<ul>
<li>
<p>D&rsquo;un clavier d&rsquo;exception. Ça, <a href="https://clement-martin.fr/2024/03/29/larme-noble-dune-epoque-civilisee/">c&rsquo;est bon</a> ;</p>
</li>
<li>
<p>D&rsquo;un traitement de texte ;</p>
</li>
<li>
<p>Quand on fait de la localisation de jeu vidéo, d&rsquo;un tableur ;</p>
</li>
<li>
<p>De dictionnaires plus ou moins spécialisés ;</p>
</li>
<li>
<p>D&rsquo;un logiciel de correction.</p>
</li>
</ul>
<h3 id="le-traitement-de-textele-tableur">Le traitement de texte/le tableur</h3>
<p>Vu que mon cœur de métier consiste à produire en grande quantité du texte correctement mis en page, le traitement de texte est un indispensable. Jusqu&rsquo;ici, je me servais de Microsoft Office 2016. Celui-ci ayant cessé de fonctionner après la réinstallation de trop, j&rsquo;ai fini par céder aux sirènes de l&rsquo;abonnement Microsoft 365, ce qui, même si l&rsquo;idée de m&rsquo;abonner à un logiciel m&rsquo;agace, fonctionnait plutôt bien. Mais il a évidemment fallu que Microsoft décide de forcer les utilisateurs à utiliser son affreux assistant IA, Copilot, et pour toutes sortes de raison que j&rsquo;évoquerai dans un autre billet, ce sera sans moi. Exit Word et Excel, donc ; place à <a href="https://fr.libreoffice.org/">LibreOffice</a> !</p>
<p><img alt="Meme sur The Boys qui montre Soldier Boy en tant que MSOffice et Homelander en tant que LibreOffice, qui dit qu&rsquo;il est l&rsquo;amélioration, et pas une copie bas de gamme." loading="lazy" src="/fr/posts/outils-libres/images/667932561fb8c-3862561176.jpeg#center"></p>
<p>Sans rentrer dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/LibreOffice#/media/Fichier:StarOffice_major_derivatives.svg">toute la généalogie du projet</a>, contentons-nous de rappeler que LibreOffice est une suite bureautique gratuite et open source développée par la Document Foundation et soutenue par la Fondation pour le logiciel libre. En l&rsquo;installant, je craignais le pire, l&rsquo;ayant essayée pour la dernière fois au milieu des années 2010, époque où la suite était&hellip; perfectible. En le lançant, une première surprise : si l&rsquo;interface n&rsquo;est pas aussi léchée que celle des derniers produits Microsoft, elle est très pratique une fois que l&rsquo;on a pris ses repères, et certains raccourcis claviers sont même plus logiques.</p>
<p>Que ce soit donc pour le traitement de texte ou le tableur, le passage de MSOffice à LibreOffice s&rsquo;est fait sans douleur (passé des choix de design différents, comme le surlignage du texte qui n&rsquo;est pas géré de la même façon). LO s&rsquo;avère même plus rapide sur les documents volumineux (romans, tableaux de milliers de ligne), et je n&rsquo;ai eu aucun problème de compatibilité de format. C&rsquo;était ma principale crainte : ne pas pouvoir échanger avec des éditeurs via le système de suivi des modifications ou de commentaires de MSOffice. Mais, miracle : MSOffice lit facilement les commentaires des documents LO, et inversement.</p>
<p>Bien sûr, le changement sera moins aisé si vous avez un usage plus approfondi que le mien (si vous utilisez par exemple les outils de collaboration en ligne MSOffice). Mais pour un indépendant qui veut simplement rédiger des documents propres, cela fait parfaitement l&rsquo;affaire. Et en bonus : pas de vilain assistant IA en vue. Parfait.</p>
<p>Pour télécharger la suite LibreOffice, c&rsquo;est <a href="https://fr.libreoffice.org/">par ici</a>.</p>
<h3 id="les-dictionnairesla-correction">Les dictionnaires/la correction</h3>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/outils-libres/images/Dictionnaires.png#center"></p>
<p>J&rsquo;aime les dictionnaires.</p>
<p>Je pourrais passer pas mal de temps à disserter sur les mérites de chacun de ceux dans l&rsquo;image ci-dessus (non, il n&rsquo;y a pas que des dictionnaires, oui, ça n&rsquo;est pas très bien rangé, laissez-moi), ou bien à dire tout mon amour du <a href="https://www.editions-larousse.fr/livre/le-thesaurus-dictionnaire-des-analogies-9782035903884/">Thésaurus</a> de Larousse, qui n&rsquo;est PAS un dictionnaire de synonymes. Je me contenterai de dire que ce sont des outils essentiels&hellip; auquel je n&rsquo;ai pas si souvent recours parce que la plupart du temps, mes multiples dictionnaires en ligne me suffisent. Pêle-mêle :</p>
<ul>
<li>
<p><a href="https://www.wordreference.com/">Wordreference</a>, dictionnaire multilingue avec un forum assez actif où poser des questions compliquées ;</p>
</li>
<li>
<p>Le <a href="https://www.cnrtl.fr/definition/">Trésor de la Langue informatisé</a>, dictionnaire français dont la rédaction s&rsquo;est arrêtée en 1994, mais qui est un véritable&hellip; trésor, notamment sur l&rsquo;étymologie ;</p>
</li>
<li>
<p>Le merveilleux <a href="https://crisco4.unicaen.fr/des/">Dictionnaire Électroniques des Synonymes</a>, mieux connu sous le nom du CRISCO (en fait le nom du laboratoire qui l&rsquo;a développé). Simplement le meilleur dictionnaire de synonymes en français ;</p>
</li>
<li>
<p>Le <a href="https://dictionnaire.lerobert.com/definition">Robert</a> en ligne, dictionnaire français, peut-être celui où les mots nouveaux apparaissent le plus rapidement (à l&rsquo;exception du <a href="https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Page_d%E2%80%99accueil">wiktionnaire</a>) ;</p>
</li>
<li>
<p>Le <a href="https://dictionary.cambridge.org/">Cambridge English Dictionary</a>, dictionnaire unilingue anglais, pour les références plutôt britanniques (que j&rsquo;approfondis avec l&rsquo;<a href="https://www.oed.com/?tl=true">Oxford English Dictionary</a>, dont l&rsquo;accès est limité)</p>
</li>
<li>
<p>Le <a href="https://www.merriam-webster.com/">Merriam Webster</a>, dictionnaire unilingue anglais, pour les références plutôt américaines.</p>
</li>
</ul>
<p> À ceux-là s&rsquo;ajoutent quelques références plus spécifiques :</p>
<ul>
<li>
<p>La <a href="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/">Vitrine linguistique</a>, dictionnaire bilingue développé par l&rsquo;Office québecois de la langue française, très utile pour les nuances d&rsquo;usage et le vocabulaire technique ;</p>
</li>
<li>
<p>Le très pratique <a href="https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/dictionnaire-des-cooccurrences/index-fra">Dictionnaire des cooccurrences</a> (encore une référence canadienne) pour savoir si, vraiment, on a le droit d&rsquo;associer ces deux mots-là ;</p>
</li>
<li>
<p>L&rsquo;<a href="https://www.etymonline.com/">Online Etymology Dictionary</a>, pour l&rsquo;étymologie des mots anglais.</p>
</li>
</ul>
<p>Dès que je travaille sur une traduction, tous ces dictionnaires sont ouverts dans mon navigateur. Cependant, ils ont failli se faire supplanter par le couteau-suisse du scribouillard : <a href="https://www.antidote.info/fr/">Antidote</a>.</p>
<p>Non content d&rsquo;être un logiciel de correction extrêmement performant (qui permet notamment de se créer ses dictionnaires personnels, d&rsquo;y intégrer des néologismes en leur attribuant une catégorie pour qu&rsquo;ils s&rsquo;accordent d&rsquo;eux-mêmes etc., bien pratique quand on traduit des littératures de l&rsquo;imaginaire), Antidote intègre une flopée de dictionnaires. Synonymes, antonymes, cooccurrences, champ lexical, familles de mots, rimes, citations&hellip; tout y est. C&rsquo;est très pratique !</p>
<p>Et même trop, parce qu&rsquo;au bout d&rsquo;un moment, on se trouve piégé de cet écosystème. Par ailleurs, Antidote fonctionne mal sous Linux, c&rsquo;est encore une entreprise qui vous pousse à prendre un abonnement (grrr), et eux aussi veulent à tout prix vous refourguer un outil de reformulation IA. Donc, exit Antidote.</p>
<p>Moins facile de trouver une alternative libre que pour MSOffice. Si je n&rsquo;ai pas trouvé de correcteur bilingue, il existe cependant pour le français le logiciel <a href="https://grammalecte.net/">Grammalecte</a>, qui a le bon goût de s&rsquo;intégrer à LibreOffice et de ne faire <em>que</em> de la correction, sans prendre la place de tous les dictionnaires.</p>
<p>Pour télécharger Grammalecte, c&rsquo;est <a href="https://grammalecte.net/">par ici</a>.</p>
<h3 id="en-conclusion">En conclusion</h3>
<p>Ce ne sera pas une surprise pour les libristes, mais il est donc tout à fait possible de traduire professionnellement et dans un certain confort pour la modique somme de zéro euros. (Ce qui ne nous dispense pas de contribuer comme on peut à ces projets bénévoles, ou a minima de leur faire un don. Mieux vaut toujours leur donner de l&rsquo;argent à eux qu&rsquo;à Microsoft.)</p>
<p>Il existe une foule d&rsquo;autres outils libres formidables, et j&rsquo;y reviendrai dans un prochain billet. En attendant, allez les essayer !</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Réseau(x)</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/r%C3%A9seaux/</link>
      <pubDate>Fri, 24 Jan 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/r%C3%A9seaux/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En tant qu&amp;rsquo;indépendant en début de carrière, on est un peu toujours obligé de faire son autopromo, de veiller à sa visibilité, etc. Les réseaux sociaux semblent un bon outil pour cela. Par exemple, pour tous les écrivaillons et autres plumitifs dont je fais partie, un réseau de microblogging tel que X (ex-Twitter) a longtemps paru incontournable. Mais comme chaque outil, il n&amp;rsquo;est pas neutre, et son évolution récente est plus qu&amp;rsquo;alarmante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cause : en début de semaine, le 20 janvier, a eu lieu l&amp;rsquo;investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, et l&amp;rsquo;arrivée au gouvernement du milliardaire d&amp;rsquo;extrême droite Elon Musk (qui, pour rappel, &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/09/elon-musk-reaffirme-son-soutien-a-l-extreme-droite-allemande_6490463_3210.html&#34;&gt;soutient l&amp;rsquo;AfD&lt;/a&gt; en Allemagne et fait &lt;a href=&#34;https://www.liberation.fr/international/amerique/le-salut-nazi-delon-musk-a-linvestiture-de-trump-un-geste-odieux-et-une-vive-polemique-20250121_MEXPXSRBEZDYDHDW2SRK7LXQCE/&#34;&gt;des saluts nazis&lt;/a&gt; pour « témoigner son amour au peuple américain »). Voilà pourquoi le mouvement &lt;a href=&#34;https://helloquittex.com/&#34;&gt;HelloQuitteX&lt;/a&gt;, initié par des membres du CNRS, a choisi cette date pour encourager à un grand départ de X, que Musk a racheté en 2022. Désormais membre du gouvernement états-unien, le milliardaire a en effet encore moins de comptes à rendre à la justice, et peut librement manipuler l&amp;rsquo;algorithme du réseau à ses fins politiques nauséabondes. En effet, sous couvert de « liberté d&amp;rsquo;expression », ce dernier est noyé de discours extrémistes et autres faux comptes qui le rendent peu ou prou inutilisable. Par ailleurs, pour certains, rester sur X, c&amp;rsquo;est aussi ne pas s&amp;rsquo;opposer à la dérive fascisante de Musk. C&amp;rsquo;est pourquoi un certain nombre de grands médias ont fait le choix de le quitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quitter X, pourquoi pas, mais pour aller où ?&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>En tant qu&rsquo;indépendant en début de carrière, on est un peu toujours obligé de faire son autopromo, de veiller à sa visibilité, etc. Les réseaux sociaux semblent un bon outil pour cela. Par exemple, pour tous les écrivaillons et autres plumitifs dont je fais partie, un réseau de microblogging tel que X (ex-Twitter) a longtemps paru incontournable. Mais comme chaque outil, il n&rsquo;est pas neutre, et son évolution récente est plus qu&rsquo;alarmante.</p>
<p>Et pour cause : en début de semaine, le 20 janvier, a eu lieu l&rsquo;investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, et l&rsquo;arrivée au gouvernement du milliardaire d&rsquo;extrême droite Elon Musk (qui, pour rappel, <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/09/elon-musk-reaffirme-son-soutien-a-l-extreme-droite-allemande_6490463_3210.html">soutient l&rsquo;AfD</a> en Allemagne et fait <a href="https://www.liberation.fr/international/amerique/le-salut-nazi-delon-musk-a-linvestiture-de-trump-un-geste-odieux-et-une-vive-polemique-20250121_MEXPXSRBEZDYDHDW2SRK7LXQCE/">des saluts nazis</a> pour « témoigner son amour au peuple américain »). Voilà pourquoi le mouvement <a href="https://helloquittex.com/">HelloQuitteX</a>, initié par des membres du CNRS, a choisi cette date pour encourager à un grand départ de X, que Musk a racheté en 2022. Désormais membre du gouvernement états-unien, le milliardaire a en effet encore moins de comptes à rendre à la justice, et peut librement manipuler l&rsquo;algorithme du réseau à ses fins politiques nauséabondes. En effet, sous couvert de « liberté d&rsquo;expression », ce dernier est noyé de discours extrémistes et autres faux comptes qui le rendent peu ou prou inutilisable. Par ailleurs, pour certains, rester sur X, c&rsquo;est aussi ne pas s&rsquo;opposer à la dérive fascisante de Musk. C&rsquo;est pourquoi un certain nombre de grands médias ont fait le choix de le quitter.</p>
<p>Alors quitter X, pourquoi pas, mais pour aller où ?</p>
<p>Un des principaux attraits des réseaux sociaux est le nombre : à partir d&rsquo;une certaine masse critique, on est à peu près sûr de trouver son public. On pourrait donc envisager de se tourner vers les autres grands réseaux historiques, comme Facebook et Instagram, propriété de Meta, l&rsquo;entreprise de Mark Zuckerberg. Malheureusement, ce dernier a lui aussi récemment <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/un-monde-connecte/mark-zuckerberg-un-retour-au-virilisme-sans-moderation-9824526">démontré sa compatibilité avec le Trumpisme</a>. En annonçant la fin des programmes favorisant la diversité au sein de Meta, ainsi que celle des mesures de fact-checking, Zuckerberg s&rsquo;aligne sur le modèle libertarien et « anti-woke » cher à Musk et Trump. Il déroule donc lui aussi un tapis rouge à l&rsquo;extrême-droite.</p>
<p>Mais que faire, alors ? Et pourquoi partir ? Chacun·e doit mettre en balance différents paramètres : l&rsquo;utilité effective d&rsquo;un réseau donné, le positionnement politique de ses propriétaires et à quel point on se refuse à les soutenir, et l&rsquo;impact qu&rsquo;il peut avoir sur notre santé mentale. Ce dernier point n&rsquo;est pas à négliger : ces sociétés nous poussent à scroller depuis une quinzaine d&rsquo;années, et les effets sur la capacité d&rsquo;attention sont <a href="https://www.leprogres.fr/magazine-lifestyle/2024/05/16/temps-d-attention-pourquoi-nous-n-arrivons-plus-a-rester-concentres">documentés</a>. À titre personnel, j&rsquo;avais pour ma part déjà quitté Facebook et X avant le 20 janvier, principalement pour ces raisons. Mais par ailleurs, même s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un réseau social, je me sers encore de Whatsapp (autre propriété de Meta), car c&rsquo;est mon seul moyen de contact avec un certain nombre d&rsquo;amis. Encore et toujours, il faut trouver le bon compromis.</p>
<p>Il existe des alternatives moins problématiques politiquement, et où aucun algorithme ne va vous forcer à regarder des publicités ou des contenus que vous n&rsquo;avez pas demandés. Bluesky, par exemple, fondé par l&rsquo;ex-PDG de Twitter et qui se construit comme l&rsquo;anti-X mais reste la propriété d&rsquo;une entreprise privée, ou bien Mastodon, outil libre historique dont le <a href="https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/11/09/comment-fonctionne-mastodon-presente-comme-alternative-libre-a-twitter_6149183_4408996.html">fonctionnement par instances</a>, assure une certaine indépendance, mais qui est plus cloisonné. Cependant, si l&rsquo;évolution récente des grands réseaux sociaux confirme une chose, c&rsquo;est combien il est risqué d&rsquo;être à la merci des humeurs de milliardaires.</p>
<p>En effet, en quittant Instagram il y a quelques jours, je me suis rendu compte qu&rsquo;un certain nombre de personnes que j&rsquo;y suivais (artistes, maisons d&rsquo;édition, etc.) n&rsquo;avaient aucune autre vitrine sur le web. Ils m&rsquo;ont donc perdu à cause des propriétaires de ce réseau. Si tout cela met en lumière une chose, c&rsquo;est qu&rsquo;il est urgent de se réapproprier ses données et sa présence sur la toile, en ayant son site, son blog, et si possible en s&rsquo;hébergeant soi-même. Cela peut paraître bien trop compliqué, mais il existe <a href="https://doc.yunohost.org/fr">des solutions</a>, et vous avez peut-être dans votre entourage quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;y connaît (coucou à celui qui m&rsquo;héberge et se reconnaîtra). Ce que je dis là est une évidence pour des partisans de l&rsquo;émancipation numérique comme <a href="https://framasoft.org/fr/">Framasoft</a>. Petit à petit, on finit par les écouter, même si c&rsquo;est moins facile. Petit à petit.</p>
<p>Alors, pour faire sa promo, un site suffit ? Pas bien sûr. En attendant un retour au web décentralisé d&rsquo;antan, le compromis que j&rsquo;ai trouvé pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est d&rsquo;être présent (peu) sur Bluesky, Mastodon et LinkedIn, pour faire de la veille (car nombre de mes clients s&rsquo;y trouvent) et relayer mes billets de blog. Et pour toucher des communautés spécifiques (de lecteurices, de développeurs de jeu vidéo), j&rsquo;utilise Discord (encore une entreprise privée). Au fond, quelle que soit votre utilisation de ces réseaux, l&rsquo;essentiel est de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, et, comme dirait sûrement une Virginia Woolf 2.0, de garder un web à soi.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Récap 2024</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/r%C3%A9cap-2024/</link>
      <pubDate>Sat, 28 Dec 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/r%C3%A9cap-2024/</guid>
      <description>&lt;p&gt;La troisième année de ma vie de traducteur touche à sa fin (déjà !), et elle a été riche de projets intéressants et de belles promesses. Pêle-mêle :&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>La troisième année de ma vie de traducteur touche à sa fin (déjà !), et elle a été riche de projets intéressants et de belles promesses. Pêle-mêle :</p>
<ul>
<li>
<p>Ma première traduction de roman a été publiée ! <a href="https://www.payot-rivages.fr/rivages/livre/le-dernier-grand-train-dam%C3%A9rique-9782743662370">Le Dernier grand train d&rsquo;Amérique</a> de James Grady, chez Rivages Noir. L&rsquo;accueil critique a été plutôt… mitigé, mais <a href="https://www.politis.fr/articles/2024/03/nouvelles-des-etats-desunis/">ce court papier</a> chez Politis a bien saisi ce qui m&rsquo;a plu dans le texte. Drôle d&rsquo;expérience, que de voir son travail chroniqué.</p>
</li>
<li>
<p>J&rsquo;ai aussi traduit ma première BD : le troisième tome de <a href="https://www.glenat.com/comix-buro/monte-cristo-tome-03-9782344054246">Monte-Cristo</a>, de Jordan Mechner et Mario Alberti, chez Glénat.</p>
</li>
<li>
<p>Plusieurs jeux vidéo sur lesquels j&rsquo;ai travaillé ont vu le jour, dans des genres assez différents : <a href="https://store.steampowered.com/app/1147860/UFO_50/">UFO 50</a>, compilation néoclassique de Derek Yu, ainsi que <a href="https://store.steampowered.com/app/2000210/Mythwrecked_Ambrosia_Island/">Mythwrecked</a>, jeu d&rsquo;aventure qui revisite un panthéon naufragé. Chacun avait ses contraintes spécifiques, et c&rsquo;était un plaisir de travailler dessus.</p>
</li>
<li>
<p>Les éditions Skira ont continué à me confier de beaux projets : <a href="https://www.skira-arte.com/products/peter-halley?variant=49144482431318">ce livre</a> sur l&rsquo;art néo-géométrique de Peter Halley, et <a href="https://www.templon.com/fr/publications/chiharu-shiota-3/">celui-ci</a>, consacré à l&rsquo;œuvre méticuleuse de Chiharu Shiota (que les Parisiens peuvent découvrir en ce moment même <a href="https://www.grandpalais.fr/en/event/chiharu-shiota">au Grand Palais</a>).</p>
</li>
<li>
<p>Sur un plan moins directement textuel, j&rsquo;ai été élu secrétaire de l&rsquo;<a href="https://atlf.org/">ATLF</a> en avril dernier, et j&rsquo;ai fait un certain nombre d&rsquo;interventions pour présenter la traduction littéraire, l&rsquo;ATLF et nos actions. Difficile de ne pas penser à <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fJC2nfkvmp0">cette scène</a> de Starship Troopers en intervenant auprès d&rsquo;étudiant·es.</p>
</li>
</ul>
<p>Par ailleurs, et comme toujours pour l&rsquo;édition et pour le jeu vidéo, l&rsquo;essentiel de mon activité professionnelle se passe hors champ. Tout ce que je peux dire pour le moment, c&rsquo;est que 2025 verra paraître deux autres romans traduits par mes soins, ainsi qu&rsquo;un triptyque vidéoludique qui est un défi extrêmement amusant.</p>
<p>Il y aura sûrement bien d&rsquo;autres textes, et peut-être ce blog connaîtra-t-il une activité un peu régulière (croisons les doigts !). J&rsquo;aimerais parler un peu de mes lectures et enfin prendre le temps d&rsquo;écrire sur mes traductions en cours.</p>
<p>En attendant ces hypothétiques futurs billets, je vous souhaite une aussi bonne année 2025 que possible. Courage à chacun et chacune pour les combats que vous menez et tout ce que vous entreprenez.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>La Nuit des Porcs-Vivants</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/la-nuit-des-porcs-vivants/</link>
      <pubDate>Thu, 26 Sep 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/la-nuit-des-porcs-vivants/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Aujourd&amp;rsquo;hui, j&amp;rsquo;aimerais vous dire deux mots d&amp;rsquo;une petite traduction dont je ne suis pas peu fier car elle me permet d&amp;rsquo;apporter ma petite pierre à un monde foisonnant : celui du jeu de rôle indépendant. Mais avant d&amp;rsquo;en parler, un peu de contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez mon âge (presque quarante ans, Dieu que le temps passe vite), vous vous rappelez peut-être une époque où ce loisir était vilipendé et faisait l&amp;rsquo;objet de paniques médiatiques aussi justifiées que rationnelles (pas du tout, donc). Mais aujourd&amp;rsquo;hui, la culture geek est devenue cool (et représente un marché massif), et faire du jeu de rôle, soit se raconter des histoires collaboratives plus ou moins structurées autour d&amp;rsquo;une table (ou par internet), n&amp;rsquo;est plus tabou. Fer de lance de cette popularité nouvelle, l&amp;rsquo;indétrônable &lt;em&gt;Donjons et Dragons&lt;/em&gt; possédé par le mastodonte financier Hasbro est devenu pour beaucoup synonyme de jeu de rôle sur table (notamment grâce à la série &lt;em&gt;Stranger Things&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Stranger Things, saison 1, épisode 1. Ils sont cool, ces geeks, non ?&lt;/p&gt;
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      <content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;aimerais vous dire deux mots d&rsquo;une petite traduction dont je ne suis pas peu fier car elle me permet d&rsquo;apporter ma petite pierre à un monde foisonnant : celui du jeu de rôle indépendant. Mais avant d&rsquo;en parler, un peu de contexte.</p>
<p>Si vous avez mon âge (presque quarante ans, Dieu que le temps passe vite), vous vous rappelez peut-être une époque où ce loisir était vilipendé et faisait l&rsquo;objet de paniques médiatiques aussi justifiées que rationnelles (pas du tout, donc). Mais aujourd&rsquo;hui, la culture geek est devenue cool (et représente un marché massif), et faire du jeu de rôle, soit se raconter des histoires collaboratives plus ou moins structurées autour d&rsquo;une table (ou par internet), n&rsquo;est plus tabou. Fer de lance de cette popularité nouvelle, l&rsquo;indétrônable <em>Donjons et Dragons</em> possédé par le mastodonte financier Hasbro est devenu pour beaucoup synonyme de jeu de rôle sur table (notamment grâce à la série <em>Stranger Things</em>).</p>
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<p>Stranger Things, saison 1, épisode 1. Ils sont cool, ces geeks, non ?</p>
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<p>Cependant, tracer un signe égalité entre Donjons et Dragons et le jeu de rôle, ce serait un peu comme dire que le Marvel Cinematic Universe est synonyme de cinéma. C&rsquo;en est certes une version très populaire (avec ses qualités et ses défauts), mais ce n&rsquo;est pas la seule. De la même façon que tous les films ne doivent pas inclure des super-héros, des effets spéciaux fort coûteux et une abondance de références, tous les jeux de rôle n&rsquo;incluent pas nécessairement un maître du jeu, des dés avec beaucoup trop de faces et un univers médiéval fantastique. Il existe des jeux de rôle situant leur action dans une foule d&rsquo;univers, réalistes ou non, avec des règles complexes ou très simples, dans lesquels la narration est guidée par un·e seul·e ou partagée entre toustes. Bref, comme je l&rsquo;ai dit plus haut, c&rsquo;est foisonnant, et passionnant.</p>
<p>Et c&rsquo;est là que j&rsquo;en reviens à ma traduction récente : <em>La Nuit des Porcs-Vivants</em> (<em>Night of the Hogmen</em> en version originale). Créé par Marsh Davies et Jim Rossignol, ce bref scénario vous met dans la peau de voyageurs qui, par une sombre nuit pluvieuse dans le nord de l&rsquo;Angleterre du 18e siècle, ont un accident de calèche et doivent fuir une horde de monstres porcins. D&rsquo;où sortent ces monstres, me direz-vous ? Ils seraient le fruit d&rsquo;une catastrophe magique qui a frappé la région quelques années plus tôt et créé une zone où se trament des choses mystérieuses et contre-nature. Si vous voulez en savoir plus, vous devrez jouer à <em>TEETH</em>, leur premier jeu complet paru en 2023, dont l&rsquo;atmosphère pourrait être décrite comme le mélange grotesque, aussi drôle qu&rsquo;horrifique, entre Jane Austen, STALKER et The Witcher.</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/la-nuit-des-porcs-vivants/images/487188.jpg#center"></p>
<p>Une proposition fort alléchante, donc, mais seulement disponible en anglais, ce qui, vous en conviendrez, est fort dommage. J&rsquo;ai donc saisi ma plus belle plume <a href="https://clement-martin.fr/2024/03/29/larme-noble-dune-epoque-civilisee/">mon merveilleux clavier</a> et, avec l&rsquo;aide de ses créateurs, j&rsquo;ai traduit en français le scénario introductif de cet univers unique : <strong>ma traduction est disponible <a href="https://teethrpg.itch.io/night-of-the-hogmen">sur leur page</a></strong>.</p>
<p>Même si vous n&rsquo;avez jamais fait de jeu de rôle, ce bref livret contient tout ce dont vous avez besoin pour passer une succulente soirée en compagnie d&rsquo;amateurs et amatrices d&rsquo;histoires horrifiques. Si leur monde vous plaît, et que vous lisez l&rsquo;anglais, je vous recommande à nouveau chaudement de vous plonger dans <em>TEETH</em>. Et si jamais vous en voulez encore et que vous n&rsquo;êtes pas insensible à l&rsquo;appel du grand large, leur prochain projet, <em>GOLD TEETH</em>, transpose cet esprit grotesque mâtiné de magie occulte dans&hellip; les Caraïbes ! Ce qui donnerait, à les en croire, le <em>Master and Commander</em> des Monty Python tel que dépeint par Jérôme Bosch. Comment résister ? Ne résistez pas&hellip; allez soutenir leur projet <a href="https://www.kickstarter.com/projects/1499900830/gold-teeth-the-tabletop-rpg-of-piracy-and-occult-horror">sur Kickstarter</a>&hellip;</p>
<p><a href="https://www.kickstarter.com/projects/1499900830/gold-teeth-the-tabletop-rpg-of-piracy-and-occult-horror"><img loading="lazy" src="/fr/posts/la-nuit-des-porcs-vivants/images/gold-teeth-header-1-1024x576.webp#center"></a></p>
<p>Quant à moi, il semblerait qu&rsquo;il me reste quelques pages grotesque à traduire. Alors à bientôt ! En espérant que je sois toujours moi-même la prochaine fois&hellip;</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Actualités quasi-muettes</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/actualit%C3%A9s-quasi-muettes/</link>
      <pubDate>Fri, 30 Aug 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/actualit%C3%A9s-quasi-muettes/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En attendant des billets plus juteux, je vous en dis autant que je peux sur mon actualité de ces derniers mois :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai traduit ma première BD ! Le tome 3 de la trilogie &lt;a href=&#34;https://www.bdfugue.com/monte-cristo-tome-3?srsltid=AfmBOopK5xACB93qcaJtk4uja12pS7BqjYmLPvBhwTTIZV3cEV5D9s5n&#34;&gt;Monte-Cristo&lt;/a&gt; de Jordan Mechner et Mario Alberti. C&amp;rsquo;était un travail très intéressant en raison du contexte visuel, des contraintes de places etc., qui n&amp;rsquo;est pas sans me rappeler mon boulot quotidien en localisation de jeu vidéo.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Je suis devenu le secrétaire de l&amp;rsquo;ATLF, Association des Traducteurs Littéraires de France, où j&amp;rsquo;aide à la hauteur de mes capacités à améliorer notre condition collective. J&amp;rsquo;y travaille avec des gens formidables !&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>En attendant des billets plus juteux, je vous en dis autant que je peux sur mon actualité de ces derniers mois :</p>
<ul>
<li>
<p>J&rsquo;ai traduit ma première BD ! Le tome 3 de la trilogie <a href="https://www.bdfugue.com/monte-cristo-tome-3?srsltid=AfmBOopK5xACB93qcaJtk4uja12pS7BqjYmLPvBhwTTIZV3cEV5D9s5n">Monte-Cristo</a> de Jordan Mechner et Mario Alberti. C&rsquo;était un travail très intéressant en raison du contexte visuel, des contraintes de places etc., qui n&rsquo;est pas sans me rappeler mon boulot quotidien en localisation de jeu vidéo.</p>
</li>
<li>
<p>Je suis devenu le secrétaire de l&rsquo;ATLF, Association des Traducteurs Littéraires de France, où j&rsquo;aide à la hauteur de mes capacités à améliorer notre condition collective. J&rsquo;y travaille avec des gens formidables !</p>
</li>
<li>
<p>J&rsquo;ai fini de traduire mon deuxième roman, mais je ne peux pas en parler.</p>
</li>
<li>
<p>Je suis au travail sur un troisième roman, mais je ne peux pas en parler.</p>
</li>
<li>
<p>J&rsquo;ai traduit ou contribué à la traduction de plusieurs projets de jeux vidéo, mais je ne peux pas en parler.</p>
</li>
</ul>
<p>Presque l&rsquo;impression d&rsquo;être agent secret.</p>
<p>Mais je vous en dis plus bientôt ! (Pour de vrai, ce coup-ci.)</p>
]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>L&#39;arme noble d&#39;une époque civilisée</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/larme-noble-dune-%C3%A9poque-civilis%C3%A9e/</link>
      <pubDate>Fri, 29 Mar 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/larme-noble-dune-%C3%A9poque-civilis%C3%A9e/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En tant que traducteur, j&amp;rsquo;ai coutume de dire que je me vois plutôt comme un artisan que comme un artiste. Et s&amp;rsquo;il y a quelque chose qui caractérise un bon artisan, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;il utilise les bons outils. Mais quels sont-ils, ces outils du traducteur ? Réfléchissons :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Un logiciel de traitement de texte&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Des dictionnaires (unilingue, bilingue, techniques, de synonymes, d&amp;rsquo;argot, de jurons, d&amp;rsquo;onomatopées… TOUS les dictionnaires)&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Un correcteur orthographique&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Des ouvrages de référence (glossaires, manuels en tous genres…)&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Une encyclopédie en ligne&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Traduction_assist%C3%A9e_par_ordinateur&#34;&gt;outil de TAO&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Une intelligence artificielle générative (Pourquoi pas ? &lt;a href=&#34;https://enchairetenos.org/&#34;&gt;Lisez ceci&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai déjà tout cela et j&amp;rsquo;en fais un usage régulier. Est-ce tout, cependant ? Non ! Ce serait oublier le plus fondamental d&amp;rsquo;entre eux, et celles et ceux qui ont l&amp;rsquo;œil affûté et apprécient mon talent pour la retouche d&amp;rsquo;image discrète l&amp;rsquo;ont deviné : il s&amp;rsquo;agit bien du clavier. (Car non, je ne traduis pas au stylo, le trouvant dangereusement dépourvu de fonction sauvegarde.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clavier, donc. Mais pas n&amp;rsquo;importe lequel.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>En tant que traducteur, j&rsquo;ai coutume de dire que je me vois plutôt comme un artisan que comme un artiste. Et s&rsquo;il y a quelque chose qui caractérise un bon artisan, c&rsquo;est qu&rsquo;il utilise les bons outils. Mais quels sont-ils, ces outils du traducteur ? Réfléchissons :</p>
<ul>
<li>
<p>Un logiciel de traitement de texte</p>
</li>
<li>
<p>Des dictionnaires (unilingue, bilingue, techniques, de synonymes, d&rsquo;argot, de jurons, d&rsquo;onomatopées… TOUS les dictionnaires)</p>
</li>
<li>
<p>Un correcteur orthographique</p>
</li>
<li>
<p>Des ouvrages de référence (glossaires, manuels en tous genres…)</p>
</li>
<li>
<p>Une encyclopédie en ligne</p>
</li>
<li>
<p>Un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Traduction_assist%C3%A9e_par_ordinateur">outil de TAO</a> ?</p>
</li>
<li>
<p>Une intelligence artificielle générative (Pourquoi pas ? <a href="https://enchairetenos.org/">Lisez ceci</a>.)</p>
</li>
</ul>
<p>J&rsquo;ai déjà tout cela et j&rsquo;en fais un usage régulier. Est-ce tout, cependant ? Non ! Ce serait oublier le plus fondamental d&rsquo;entre eux, et celles et ceux qui ont l&rsquo;œil affûté et apprécient mon talent pour la retouche d&rsquo;image discrète l&rsquo;ont deviné : il s&rsquo;agit bien du clavier. (Car non, je ne traduis pas au stylo, le trouvant dangereusement dépourvu de fonction sauvegarde.)</p>
<p>Le clavier, donc. Mais pas n&rsquo;importe lequel.</p>
<p>Il existe toutes sortes de claviers : des <a href="https://m.media-amazon.com/images/I/61jRG91b6yL.jpg">petits</a> et des <a href="https://cdn0.tnwcdn.com/wp-content/blogs.dir/1/files/2018/01/IMG_20180110_161719.jpg">grands</a>, des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Clavier_%C3%A0_membrane">à membrane</a> et des <a href="https://store.epicgames.com/fr/news/what-is-a-mechanical-keyboard-where-to-start-and-what-to-look-for">mécaniques</a>, des <a href="https://www.yunzii.com/cdn/shop/products/08_4b41ef9c-f6df-4172-924a-630f7cb01c1d.jpg?v=1680067821&amp;width=800">sobres</a> et des proches de l&rsquo;<a href="https://youtu.be/dy4gPcUjDJs">arbre de Noël</a>. Mais je ne m&rsquo;intéresse pas tant à ces (par ailleurs merveilleux) objets, qu&rsquo;à la <strong>disposition de leurs touches</strong>. Vous connaissez sûrement les deux plus célèbres : la QWERTY, brevetée en 1878, a sorti les claviers de l&rsquo;ordre alphabétique pour éviter que les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_%C3%A0_%C3%A9crire#/media/Fichier:Typebars.jpg">barres de lettres</a> des machines à écrire ne s&rsquo;emmêlent ; l&rsquo;AZERTY, quelques années plus tard, a adapté cette approche à la langue française.</p>
<p>Il en existe <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Disposition_des_touches_d%27un_clavier_de_saisie">bien d&rsquo;autres</a>, mais je voudrais revenir sur l&rsquo;une d&rsquo;entre elles ; un projet comparativement récent (entamé en 2008) qui correspond parfaitement à mes besoins: le <a href="https://qwerty-fr.org/">qwerty-fr</a>. Jugez plutôt.</p>
<p><img alt="Un clavier mécanique avec disposition qwerty-fr" loading="lazy" src="/fr/posts/larme-noble-dune-%C3%A9poque-civilis%C3%A9e/images/20240327-Clavier-1024x627.jpg#center" title="Quelle splendeur."></p>
<p>La première chose que l&rsquo;on remarque sur cette photo (à part ce très beau mug et le fait que je devrais faire la poussière), c&rsquo;est qu&rsquo;il y a vraiment beaucoup de symboles sur ce clavier. Et c&rsquo;est là la grande force du qwerty-fr : avoir tous ces caractères à portée de main. Qui a besoin de tout ça ? Eh bien, moi, déjà. Mais peut-être que vous aussi. Je m&rsquo;explique.</p>
<p>Je partage mon temps entre la traduction d&rsquo;édition (romans, etc.) et la traduction de jeux vidéo. En pratique, cela signifie que je travaille soit dans un logiciel de traitement de texte, soit dans un tableur (Excel, par ex.). Si le premier remplace automatiquement les guillements droits (&quot;) par des guillemets français (« »), ce n&rsquo;est pas le cas du second. Pour écrire un dialogue français, il fallait donc soit que je copie ces symboles depuis un autre texte, soit que j&rsquo;utilise les <a href="https://theasciicode.com.ar/">codes ascii</a>. Cette méthode revient à maintenir la touche <strong>alt</strong> et taper une combinaison de chiffres sur mon pavé numérique (ainsi <strong>alt + 174</strong> donne <strong>«</strong>). Cette méthode, quoique fiable, 1/ est chronophage, et 2/ nécessite un pavé numérique (qui fait souvent défaut sur un pc portable).</p>
<p>Avec le qwerty-fr, plus besoin de mémoriser une énorme liste de combinaisons, tout est à portée de main. On peut facilement utiliser tous les caractères spéciaux du français. Et ça ne s&rsquo;arrête pas là !</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/larme-noble-dune-%C3%A9poque-civilis%C3%A9e/images/image-1.png#center" title="Noble, j&#39;ai dit."></p>
<p>Si vous revenez à la photo de mon clavier ci-dessus, vous remarquerez qu&rsquo;il y a beaucoup d&rsquo;autres symboles : des signes mathématiques (≠ ≈ ≤ ≥), des ligatures (œ Œ æ Æ), des signes typographiques comme les tirets cadratin (—) et semi-cadratin (–), toute une gamme de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Diacritiques_de_l%27alphabet_latin">diacritiques</a> (les symboles modifiant la prononciation d&rsquo;une lettre, donc les accents, cédilles, umlauts, ronds en chef, etc.), j&rsquo;en passe et des meilleurs. Via l&rsquo;utilisation intelligente des touches de modification, <strong>maj</strong> et <strong>alt gr</strong>, on peut ainsi taper dans la majorité des langues utilisant l&rsquo;alphabet latin. Et c&rsquo;est grisant ! Même si on n&rsquo;a pas au quotidien l&rsquo;usage de tous ces symboles, la simple perspective d&rsquo;avoir accès à tout ça donne envie d&rsquo;explorer, et de découvrir tous ces univers linguistiques.</p>
<p>Mais, bien sûr, il y a un temps d&rsquo;apprentissage. Comme son nom l&rsquo;indique, cette disposition utilise une base <strong>QWERTY</strong>, et si vous avez toujours tapé sur un clavier en AZERTY (ou autre), il vous faudra reprendre vos marques. Ça m&rsquo;a pris quelques semaines, mais ça devient vite une seconde nature. Et la liberté typographique qu&rsquo;on acquiert vaut bien de passer quelque temps à chercher comment taper tel ou tel caractère.</p>
<p>Si votre travail ou votre hobby implique de beaucoup taper et de régulièrement changer de langues (en vous limitant cependant au seul alphabet latin), je vous recommande chaudement d&rsquo;essayer le qwerty-fr. <strong>Vous pouvez le faire en ligne sur <a href="https://qwerty-fr.org/">la page du qwerty-fr</a>.</strong> La disposition est très facile à installer sur Windows, Mac et Linux. Et même pas besoin de changer de clavier !</p>
<p>Pas besoin non plus de vous en faire construire un sur mesure, et de faire une vidéo idiote pour montrer combien il est fabuleux.</p>
<p>Mais bon.</p>
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      <iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share; fullscreen" loading="eager" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" src="https://www.youtube.com/embed/OXhRceZpWsk?autoplay=0&amp;controls=1&amp;end=0&amp;loop=0&amp;mute=0&amp;start=0" style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%; border:0;" title="YouTube video"></iframe>
    </div>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>James Grady - Le dernier grand train d&#39;Amérique</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/james-grady-le-dernier-grand-train-dam%C3%A9rique/</link>
      <pubDate>Wed, 06 Mar 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/james-grady-le-dernier-grand-train-dam%C3%A9rique/</guid>
      <description>&lt;p&gt;J&amp;rsquo;aurais pu écrire un billet sobre annonçant simplement la parution de ce roman. Ceci n&amp;rsquo;est pas cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ça y est, il est là ! Le premier roman que j&amp;rsquo;ai traduit sort aujourd&amp;rsquo;hui. C&amp;rsquo;est-à-dire que vous allez pouvoir vous rendre dans une vraie librairie, y ouvrir un vrai livre et y lire mon nom sur la page de titre ET la quatrième de couverture — et éventuellement l&amp;rsquo;acheter avec du vrai argent, ça c&amp;rsquo;est vous qui voyez. C&amp;rsquo;est peut-être un détail pour vous, mais moi je ne cesse de m&amp;rsquo;émerveiller que ce soit devenu ça, mon métier. Il y a presque deux ans jour pour jour, Rivages Noir me proposait de m&amp;rsquo;essayer à traduire ce livre que j&amp;rsquo;avais lu pour eux et aujourd&amp;rsquo;hui… il existe bel et bien, avec la très belle couverture que vous voyez ci-dessus.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&rsquo;aurais pu écrire un billet sobre annonçant simplement la parution de ce roman. Ceci n&rsquo;est pas cet article.</p>
<p>Ça y est, il est là ! Le premier roman que j&rsquo;ai traduit sort aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est-à-dire que vous allez pouvoir vous rendre dans une vraie librairie, y ouvrir un vrai livre et y lire mon nom sur la page de titre ET la quatrième de couverture — et éventuellement l&rsquo;acheter avec du vrai argent, ça c&rsquo;est vous qui voyez. C&rsquo;est peut-être un détail pour vous, mais moi je ne cesse de m&rsquo;émerveiller que ce soit devenu ça, mon métier. Il y a presque deux ans jour pour jour, Rivages Noir me proposait de m&rsquo;essayer à traduire ce livre que j&rsquo;avais lu pour eux et aujourd&rsquo;hui… il existe bel et bien, avec la très belle couverture que vous voyez ci-dessus.</p>
<p>Mais donc, de quoi s&rsquo;agit-il ? <em>Le dernier grand train d&rsquo;Amérique</em> est le dernier roman de James Grady, auteur américain qui s&rsquo;est fait connaître en 1974 avec <em>Les six jours du Condor</em>. On y suit les destins croisés des passagers de l&rsquo;Empire Builder, un train allant de Seattle à Chicago en seulement 47 heures : un trajet censé être confortable et contemplatif, donnant à voir les beaux paysages du nord-ouest américain, mais qui sera tout le contraire. Car tous ont embarqué avec leurs secrets, leurs doutes, et leurs projets plus ou moins avouables.</p>
<p>Huis-clos ferroviaire aux personnages nombreux, ce <em>dernier train</em> s&rsquo;efforce de dresser un panorama de l&rsquo;Amérique contemporaine, en nous la montrant par les yeux de tous ces passagers si différents en termes d&rsquo;âge, de race, de classe, de genre. Grady passe de l&rsquo;un à l&rsquo;autre sans effort et donne à chacun une voix propre. Mais au-delà d&rsquo;un portrait de l&rsquo;Amérique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est aussi un thriller très bien construit : Grady nous tient avec sa prose brute et rythmée, qui m&rsquo;a donné bien du fil à retordre, et la tension ne retombe que lorsqu&rsquo;on referme le roman.</p>
<p>Vous l&rsquo;aurez compris, c&rsquo;est un livre que j&rsquo;avais déjà apprécié en anglais. J&rsquo;espère que vous y trouverez tout ce que je décris dans la version française. Je reviendrai dans un prochain billet sur quelques-uns des problèmes que m&rsquo;a posés la traduction. D&rsquo;ici là, bonne lecture !</p>
<p><em>James Grady</em>, <em>Le dernier grand train d&rsquo;Amérique, (Édition Payot &amp; Rivages, collection Rivages Noir), 400 pages</em>.</p>
<p><em>Parution aujourd&rsquo;hui, le 6 mars 2024</em>.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Année nouvelle et vœux pas si pieux</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/ann%C3%A9e-nouvelle-et-v%C5%93ux-pas-si-pieux/</link>
      <pubDate>Tue, 09 Jan 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/ann%C3%A9e-nouvelle-et-v%C5%93ux-pas-si-pieux/</guid>
      <description>&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai l&amp;rsquo;impression d&amp;rsquo;avoir commencé tous les billets de ce blog en m&amp;rsquo;excusant de ne pas y écrire plus souvent. Voici donc ma seule et unique résolution bloguesque pour cette nouvelle année (qui est double, voyez comme je transige déjà) :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Arrêter de m&amp;rsquo;excuser de ne pas écrire plus.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;
&lt;p&gt;Écrire plus.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Voilà qui devrait marcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais venons en au vif du sujet. À propos de publication, je peux enfin annoncer la sortie prochaine du premier roman que j&amp;rsquo;ai traduit : &lt;em&gt;Le dernier grand train d&amp;rsquo;Amérique&lt;/em&gt;, de James Grady (paru en version originale en 2022, sous le titre très sobre de &lt;em&gt;This Train&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir commencé tous les billets de ce blog en m&rsquo;excusant de ne pas y écrire plus souvent. Voici donc ma seule et unique résolution bloguesque pour cette nouvelle année (qui est double, voyez comme je transige déjà) :</p>
<ul>
<li>
<p>Arrêter de m&rsquo;excuser de ne pas écrire plus.</p>
</li>
<li>
<p>Écrire plus.</p>
</li>
</ul>
<p>Voilà qui devrait marcher.</p>
<p>Mais venons en au vif du sujet. À propos de publication, je peux enfin annoncer la sortie prochaine du premier roman que j&rsquo;ai traduit : <em>Le dernier grand train d&rsquo;Amérique</em>, de James Grady (paru en version originale en 2022, sous le titre très sobre de <em>This Train</em>).</p>
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<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/ann%C3%A9e-nouvelle-et-v%C5%93ux-pas-si-pieux/images/81Qb-g2SM8L._AC_UF10001000_QL80_-200x300.jpg#center"></p>
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<p>La couverture française arrive bientôt !</p>
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<p>Grady a plus d&rsquo;une quinzaine de romans à son actif, et s&rsquo;est fait connaître dès le premier, paru en 1974 : <em>Les six jours du Condor</em>. Son adaptation au cinéma l&rsquo;année suivante sous le titre <em>Les trois jours du Condor</em> (encore un exemple de l&rsquo;arithmétique étrange qui régit les titres) fut un franc succès, notamment gràce à la réalisation virtuose de Sydney Pollack et au jeu très convaincant de Robert Redford et Faye Dunaway.</p>
<p>Depuis ce premier roman, Grady n&rsquo;a fait qu&rsquo;affiner son style, et il nous emmène à bord du <em>dernier grand train d&rsquo;Amérique</em> avec le rythme haletant dont il a le secret. Dans ce huis clos ferroviaire, il fait alterner les points de vue de nombreux personnages hauts-en-couleurs, qui agissent comme autant de perspectives sur l&rsquo;Amérique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>Ça sort le 6 mars 2024 aux éditions Payot &amp; Rivages, et j&rsquo;ai hâte d&rsquo;avoir les retours des lecteurs. J&rsquo;en parlerai plus à ce moment-là.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>AdventureX!</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/adventurex/</link>
      <pubDate>Thu, 09 Nov 2023 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/adventurex/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Prospection isn&amp;rsquo;t always the most gratifying part of my job as an independent translator. But sometimes, it can be incredibly exciting. It was the case when I visited a narrative game conference which took place in London on November 4-5: &lt;a href=&#34;https://www.adventurexpo.org/&#34;&gt;AdventureX&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AdventureX is an event organized by passionate people, for passionate people. Since 2011, they have gathered each year the big names in game narrative, for talks on a variety of topics. For instance, those I attended this year were about, amongst other things, the use of history as a source of inspiration (Sagar Beroshi), the representation of medical conditions in video games (Marina Sciberras), or &amp;ldquo;making games for real&amp;rdquo;, that is how to infuse games with reality without doing so artificially (Chella Ramanan). I went out of every talk with way too many notes, and a new perspective on things.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Prospection isn&rsquo;t always the most gratifying part of my job as an independent translator. But sometimes, it can be incredibly exciting. It was the case when I visited a narrative game conference which took place in London on November 4-5: <a href="https://www.adventurexpo.org/">AdventureX</a>.</p>
<p>AdventureX is an event organized by passionate people, for passionate people. Since 2011, they have gathered each year the big names in game narrative, for talks on a variety of topics. For instance, those I attended this year were about, amongst other things, the use of history as a source of inspiration (Sagar Beroshi), the representation of medical conditions in video games (Marina Sciberras), or &ldquo;making games for real&rdquo;, that is how to infuse games with reality without doing so artificially (Chella Ramanan). I went out of every talk with way too many notes, and a new perspective on things.</p>
<p>But AdventureX isn&rsquo;t simply a conference: it&rsquo;s also an exhibition with many games on display. I made great discoveries over there, like <em>Underground Blossom</em> (from Rusty Lake studio), which I had a hard time letting go of, or <em>Windrush Tales</em>. This game tries to tell a personal history of the <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/British_African-Caribbean_people#The_.22Windrush_generation.22">Windrush generation</a>, these African-Caribbeans who arrived in Britain after the war to help rebuild a country which didn&rsquo;t welcome them as they deserved. Unlike what happens at bigger events, I didn&rsquo;t only try these games and listen to a marketing spiel: I was able to talk at length with the writers and developers. Although they were all quite tired (some having come from quite far), they were all very interested in my questions, and very interesting themselves.</p>
<p><img alt="Image from the Rusty Lake studio booth." loading="lazy" src="/fr/posts/adventurex/images/20231109-AdventureX-rustylake-768x1024.jpg#center"></p>
<p>And since we were in England, this already packed days ended, of course, at the pub. There, we were able to continue conversations we had started earlier. When you&rsquo;re so busy talking that you forget about handing out business cards (I&rsquo;m very good at networking, obviously), it&rsquo;s a rather good sign.</p>
<p>Long story short, my first time at AdventureX was a resounding success: insightful talks, attendants who were both engaging and welcoming, and many games which I know eagerly await the release. All of it presented by the debonair Alasdair Beckett-King, whose <a href="https://www.youtube.com/@ABeckettKing">Youtube channel</a> I invite you to check out if you want a laugh. Besides, all the talks from the previous years are available on <a href="https://www.youtube.com/@AdventureX">AdventureX&rsquo;s own channel</a>. Those from this year should be uploaded before long. Something to watch while we wait for AdventureX 2024, which I will definitely attend. Can&rsquo;t wait!</p>
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<p><img alt="Mysterious character from the AdventureX decorations (Laverne from Day of the Tentacle)" loading="lazy" src="/fr/posts/adventurex/images/20231109-AdventureX-lav.png#center"></p>
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<p>You even meet old friends, there…</p>
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    </item>
    <item>
      <title>06/23 - Quelques nouvelles</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/quelques-nouvelles/</link>
      <pubDate>Tue, 13 Jun 2023 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/quelques-nouvelles/</guid>
      <description>&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai commencé l&amp;rsquo;année en me disant « allez, tu essaies de poster un billet par mois sur ton quotidien de traducteur, ce sera intéressant et ça ne devrait pas te prendre trop de temps ». Ça n&amp;rsquo;a pas eu lieu. Voici donc quelques nouvelles en vrac, arrachées au quotidien susmentionné, qui a été plus rempli que prévu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ J&amp;rsquo;ai rendu ma première traduction de roman ! Je ne peux encore rien en dire, ce qui est terriblement frustrant (cf. illustration ci-dessous), mais je suis content de mon travail. Maintenant, j&amp;rsquo;attends les retours de la maison d&amp;rsquo;édition. Avec une sérénité toute relative.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&rsquo;ai commencé l&rsquo;année en me disant « allez, tu essaies de poster un billet par mois sur ton quotidien de traducteur, ce sera intéressant et ça ne devrait pas te prendre trop de temps ». Ça n&rsquo;a pas eu lieu. Voici donc quelques nouvelles en vrac, arrachées au quotidien susmentionné, qui a été plus rempli que prévu :</p>
<p>1/ J&rsquo;ai rendu ma première traduction de roman ! Je ne peux encore rien en dire, ce qui est terriblement frustrant (cf. illustration ci-dessous), mais je suis content de mon travail. Maintenant, j&rsquo;attends les retours de la maison d&rsquo;édition. Avec une sérénité toute relative.</p>
<p>2/ Mon autre gros projet, vidéoludique celui-ci, a une date de sortie ! <em>Under the Waves</em> (Parallel Studio) sort le 29 août 2023, et j&rsquo;ai très hâte d&rsquo;entendre les textes que j&rsquo;ai traduits mis en voix par les acteurs et actrices. Mais là encore, il me faudra m&rsquo;armer de patience.</p>
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden;">
      <iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share; fullscreen" loading="eager" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" src="https://www.youtube.com/embed/C-gCPEaXMys?autoplay=0&amp;controls=1&amp;end=0&amp;loop=0&amp;mute=0&amp;start=0" style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%; border:0;" title="YouTube video"></iframe>
    </div>

<p>3/ Depuis février dernier, j&rsquo;ai commencé à travailler pour Jordan Mechner. Oui, LE Jordan Mechner, celui qui a créé Prince of Persia en 1989, soit le premier jeu vidéo auquel j&rsquo;ai jamais joué. Je n&rsquo;étais donc pas peu fier de traduire les annexes de son excellente BD autobiographique, <em>Replay</em> (Delcourt, 2023). C&rsquo;est un récit aussi drôle que touchant, qui plaira à toutes celles et ceux qui s&rsquo;intéressent aux liens entre nos histoires intimes et l&rsquo;Histoire. Si vous voulez en savoir plus sur la création de cette BD, les annexes sont disponibles <a href="https://www.jordanmechner.com/fr/library/replay-annex/">ici</a>.</p>
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<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/quelques-nouvelles/images/cover.gif#center"></p>
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<p>Découvrez la BD <a href="https://www.jordanmechner.com/en/books/replay/">sur son site</a>.</p>
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<p>4/ Mon travail pour les éditions Skira commence à se transformer en une collaboration régulière. Après avoir participé à un très beau volume sur le photographe <a href="https://www.skira.net/fr/books/michael-kenna-5/">Michael Kenna</a> l&rsquo;année dernière, j&rsquo;ai traduit deux articles pour le catalogue de l&rsquo;exposition « Léonard de Vinci et l&rsquo;anatomie, la mécanique de la vie » ayant lieu du 9 juin au 17 septembre au <a href="https://vinci-closluce.com/fr">Clos Lucé</a>. Je ne sais pas s&rsquo;il y a un jour où je m&rsquo;habituerai à recevoir gratuitement des exemplaires auteur, mais c&rsquo;est pour le moment toujours une source d&rsquo;émerveillement.</p>
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<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/quelques-nouvelles/images/Capture.png#center"></p>
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<p>Vous pouvez le commander <a href="https://www.skira.net/fr/books/leonard-de-vinci-et-l-anatomie-la-mecanique-de-la-vie/">ici</a>.</p>
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<p>C&rsquo;est tout pour aujourd&rsquo;hui ! Je n&rsquo;ai pas chômé depuis le début de l&rsquo;année, ce qui est souvent une bonne nouvelle en tant qu&rsquo;indépendant, mais je vais essayer de ne pas me laisser phagocyter par le boulot ; objectif : plus d&rsquo;un billet tous les six mois. On croise les doigts !</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Noémie Grunenwald - Sur les bouts de la langue</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/no%C3%A9mie-grunenwald-sur-les-bouts-de-la-langue/</link>
      <pubDate>Tue, 31 Jan 2023 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/no%C3%A9mie-grunenwald-sur-les-bouts-de-la-langue/</guid>
      <description>&lt;p&gt;(La Contre Allée, 2021 ; collection Contrebandes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois que j&amp;rsquo;ai fini ce livre, et ce n&amp;rsquo;est que maintenant que je me résous à écrire ce billet. &lt;em&gt;Sur les bouts de la langue&lt;/em&gt; m&amp;rsquo;impressionne. Non pas que ce soit un texte inapprochable, comme peuvent l&amp;rsquo;être certains grands classiques de la traduction (« &lt;a href=&#34;https://po-et-sie.fr/wp-content/uploads/2018/10/55_1991_p150_158.pdf&#34;&gt;la tâche du traducteur&lt;/a&gt; » de Benjamin, par exemple). Au contraire, l&amp;rsquo;essai de Noémie Grunenwald est écrit dans une langue simple, accueillante. Mais il n&amp;rsquo;est certainement pas dénué de profondeur, et il fait quelque chose d&amp;rsquo;important. Ce bref billet n&amp;rsquo;y rendra sûrement pas justice, mais j&amp;rsquo;espère qu&amp;rsquo;il vous donnera envie de le feuilleter.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>(La Contre Allée, 2021 ; collection Contrebandes)</p>
<p>Trois mois que j&rsquo;ai fini ce livre, et ce n&rsquo;est que maintenant que je me résous à écrire ce billet. <em>Sur les bouts de la langue</em> m&rsquo;impressionne. Non pas que ce soit un texte inapprochable, comme peuvent l&rsquo;être certains grands classiques de la traduction (« <a href="https://po-et-sie.fr/wp-content/uploads/2018/10/55_1991_p150_158.pdf">la tâche du traducteur</a> » de Benjamin, par exemple). Au contraire, l&rsquo;essai de Noémie Grunenwald est écrit dans une langue simple, accueillante. Mais il n&rsquo;est certainement pas dénué de profondeur, et il fait quelque chose d&rsquo;important. Ce bref billet n&rsquo;y rendra sûrement pas justice, mais j&rsquo;espère qu&rsquo;il vous donnera envie de le feuilleter.</p>
<p>Beaucoup d&rsquo;essais théoriques portant sur la traduction sont articulés à des œuvres, leur pendant pratique : l&rsquo;essai de Benjamin a ainsi servi de préface à sa traduction des <em>Tableaux parisiens</em> de Baudelaire. J&rsquo;ai cependant l&rsquo;impression que, dans de nombreux cas, quand je suis face à un texte théorique côte-à-côte avec un texte résultant d&rsquo;une pratique de la traduction, je peine à sentir le lien entre théorie et pratique. Ce n&rsquo;est pas le cas ici. Tout au long de l&rsquo;essai, l&rsquo;autrice associe la pensée et le faire. J&rsquo;en veux pour preuve ses chapitres, qui sont autant de verbes exprimant un aspect de ce qu&rsquo;est traduire : <strong>s&rsquo;abandonner, improviser, se soumettre, (se) décentrer, interpréter, corriger, élargir, inclure ?, apprendre, tisser, citer.</strong></p>
<p>C&rsquo;est tout ça, traduire. Avant même de coucher des mots sur le papier, c&rsquo;est créer les conditions matérielles de la traduction, et les <strong>improviser</strong> en se trouvant un petit boulot. C&rsquo;est <strong>interpréter</strong> un texte et amener une autrice à penser au genre du« <em>thinkers</em> » qu&rsquo;elle a employé, puis préciser son texte en le confrontant à une autre langue. C&rsquo;est <strong>inclure</strong> en se demandant à quel imaginaire on veut renvoyer en traduisant « <em>workers</em> » : la camaraderie syndicaliste virile de « travailleurs », ou une plus grande exactitude historique, dans ce cas, des « travailleuses ». C&rsquo;est <strong>apprendre</strong> à trouver les bons néologismes pour de nouveaux concepts, se tromper parfois, mais toujours être prêt·e à recommencer. C&rsquo;est <strong>citer</strong>, car on ne saurait oublier que la traduction est toujours une activité collective. Et c&rsquo;est aussi, souvent, faire une montagne de recherches sur Google ou le <a href="https://crisco4.unicaen.fr/des/">dictionnaire de synonymes</a> du CRISCO, choses anodines que Grunenwald fait pourtant figurer dans son texte car le quotidien, quand on traduit, c&rsquo;est aussi ça.</p>
<p><em>Sur les bouts de la langue</em> est un texte très intime, qui rappelle que les traducteurices sont des êtres avec une histoire, un vécu. C&rsquo;est aussi un texte d&rsquo;une grande humilité : « Pas besoin de grand talent ni d’inspiration particulière, dit l&rsquo;autrice. Juste de quelques techniques de manipulation littéraire. » (p. 150) Mais ce n&rsquo;est pas un texte qui s&rsquo;excuse d&rsquo;exister. C&rsquo;est un texte de combat, qui nous explique que <em>Traduire en féministe/s</em>, ce n&rsquo;est pas écrire un nouveau manuel, ou créer de nouvelles normes inclusives qui seront bien vite récupérées pour à nouveau exclure, mais bien rester « constamment en mouvement, en cultivant le dérangement. » (p. 100)</p>
<p>Il y aurait mille autres choses à dire sur ce livre : sur la façon dont Grunenwald articule intime et politique, théorie et pratique, vie et traduction. Sur la richesse de sa bibliographie, et la façon dont l&rsquo;autrice applique tous les enseignements qu&rsquo;elle en a tirés. Mais j&rsquo;ai besoin de plus de temps pour le comprendre, le digérer. Je me contenterai donc conclure en disant que c&rsquo;est un texte à mettre entre toutes les main. Un texte qui m&rsquo;a donné envie de mieux lire, de réfléchir, de mieux travailler. Qui m&rsquo;a rappelé la beauté, la difficulté et l&rsquo;importance de ce métier. Que je n&rsquo;ai pas fini de relire, aussi longtemps que je traduirai.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Loups-garous et traduction</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/loups-garous-et-traduction/</link>
      <pubDate>Mon, 07 Nov 2022 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/loups-garous-et-traduction/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Il y a des auteurs qu&amp;rsquo;on adorerait traduire, et Stephen Graham Jones est l&amp;rsquo;un des miens. Je l&amp;rsquo;ai découvert lors de mon stage de fin d&amp;rsquo;études aux éditions Rivages, en 2021, quand on m&amp;rsquo;a demandé mon avis sur &lt;em&gt;The Only Good Indians&lt;/em&gt; : fallait-il le traduire ? Ma réponse a été positive et enthousiaste : cet hommage au slasher qui parle de la condition amérindienne contemporaine est une perle, aussi brute dans le ton que sa langue est ciselée. Un an et quelque plus tard, c&amp;rsquo;est chose faite : &lt;em&gt;Un Bon indien est un indien mort&lt;/em&gt; est sorti, et &lt;a href=&#34;https://justaword.fr/un-bon-indien-est-un-indien-mort-465314f8dc4e&#34;&gt;salué par la critique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des auteurs qu&rsquo;on adorerait traduire, et Stephen Graham Jones est l&rsquo;un des miens. Je l&rsquo;ai découvert lors de mon stage de fin d&rsquo;études aux éditions Rivages, en 2021, quand on m&rsquo;a demandé mon avis sur <em>The Only Good Indians</em> : fallait-il le traduire ? Ma réponse a été positive et enthousiaste : cet hommage au slasher qui parle de la condition amérindienne contemporaine est une perle, aussi brute dans le ton que sa langue est ciselée. Un an et quelque plus tard, c&rsquo;est chose faite : <em>Un Bon indien est un indien mort</em> est sorti, et <a href="https://justaword.fr/un-bon-indien-est-un-indien-mort-465314f8dc4e">salué par la critique</a>.</p>
<p>À défaut de l&rsquo;avoir traduit, je suis allé écouter SGJ au <a href="https://www.festival-america.com/">festival America</a> et, par un heureux hasard, je me suis retrouvé à lui servir d&rsquo;interprète lors d&rsquo;un entretien qu&rsquo;il a donné au <a href="https://www.nyctalopes.com/un-bon-indien-est-un-indien-mort-entretien-express-avec-stephen-graham-jones/">blog Nyctalopes</a>. Ce grand gaillard s&rsquo;est avéré aussi sympathique que passionnant et, alors que j&rsquo;avais déjà bien entamé mon budget livres du mois, j&rsquo;ai craqué et acheté <em>Galeux</em> (La Volte, 2020), son seul autre roman traduit en français à ce jour. Je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;une bouchée de cette histoire de loups-garous, dans la très bonne traduction de Mathilde Montier, et j&rsquo;aimerais revenir sur un passage de cette dernière. Attention donc, divulgâchis mineur ci-dessous.</p>
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<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/loups-garous-et-traduction/images/gale.jpg#center"></p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/loups-garous-et-traduction/images/glauex.jpg#center"></p>
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<p>Qu&rsquo;elles sont belles !</p>
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<p>Un peu de contexte : Darren, le narrateur adolescent, évoque ici des hybrides loup-garou/humain qui constituent des abominations d&rsquo;après la tradition. En voici la description en version originale :</p>
<blockquote>
<p>Darren said that Grandpa’s name for them was Sad Eyes, but I’d always thought he heard wrong. They’re supposed to have these human-looking eyes, but “Sad Eyes” feels like a corruption of something Arabic. Like they’ve known these animals over there as well. If they are even animals.</p>
</blockquote>
<p>Et la version française de Mathilde Montier :</p>
<blockquote>
<p>Grandpa les appelait apparemment des Maussades, mais j’ai toujours été persuadé que Darren avait mal entendu. Ils avaient beau avoir ces yeux à l’expression si humaine, ce nom sonnait à mon oreille comme une corruption de l’hébreu. À croire qu’on connaissait aussi ces animaux, là-bas. Si on peut parler d’animaux.</p>
</blockquote>
<p>Il ne me semble pas que « Sad Eyes » fasse référence à un mot arabe précis. Mais quand bien même cela serait le cas, difficile de trouver à ces hybrides un surnom en français approchant ces sonorités (la finale en /ɑɪz/ étant a priori rarissime dans cette langue). Plutôt que de neutraliser le passage, la traductrice a eu l&rsquo;idée d&rsquo;un déplacement de sens très astucieux, et ce sur plusieurs plans.</p>
<p>D&rsquo;abord, en remplaçant l&rsquo;arabe par l&rsquo;hébreu, elle conserve une langue sémitique, et donc le même éloignement perçu par rapport au quotidien d&rsquo;un adolescent américain. Ensuite, « Maussade » préserve la tristesse visible de ces hybrides et leur condition tragique de bêtes pourchassées. Enfin, ce mot est un homophone de l&rsquo;hébreu « Mossad », diminutif des forces spéciales israéliennes que le lecteur est susceptible d&rsquo;avoir déjà rencontré. En un sens, l&rsquo;allusion au Moyen-Orient est même plus claire que dans le texte original, qui en sort presque grandi.</p>
<p>J&rsquo;adore ce genre de passage qui passe presque inaperçu à la lecture, et qui a pourtant dû constituer un vrai problème de traduction. Je suis prêt à parier qu&rsquo;il a occasionné un minimum d&rsquo;arrachage de cheveux à Mme Montier avant qu&rsquo;elle ne finisse par trouver sa (très élégante) solution. Bravo à elle !</p>
<p>Quant à vous, courez lire du Stephen Graham Jones si ce n&rsquo;est déjà fait. En VF ou en VO, peu importe du moment que vous le lisez.</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Un an plus tard</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/un-an-plus-tard/</link>
      <pubDate>Mon, 29 Aug 2022 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/un-an-plus-tard/</guid>
      <description>&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est bientôt la rentrée des classes ! Et pour la deuxième fois seulement en plus de trente ans, je ne suis pas concerné. Je termine en effet ma première année en tant que traducteur indépendant, et l&amp;rsquo;heure est au bilan (et à quelques nouvelles plutôt joyeuses).&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est bientôt la rentrée des classes ! Et pour la deuxième fois seulement en plus de trente ans, je ne suis pas concerné. Je termine en effet ma première année en tant que traducteur indépendant, et l&rsquo;heure est au bilan (et à quelques nouvelles plutôt joyeuses).</p>
<p>Le premier point, et le plus important : j&rsquo;adore ce boulot. Malgré les changements de rythme (des semaines de rush, d&rsquo;autres complètement oisives), l&rsquo;incertitude (passer de fonctionnaire à &ldquo;hmmm, combien vais-je gagner le mois prochain ?&rdquo;), et les finances revues à la baisse (fini le caviar !), je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. Me lever le matin en me disant que mon plus gros problème professionnel (outre me faire payer mes factures&hellip;) sera de savoir comment traduire telle ou telle formule particulièrement tordue&hellip; c&rsquo;est le bonheur. En tout cas pour moi.</p>
<p>Deuxième point, et pas des moindres : je n&rsquo;ai pas manqué de boulot. Après un passage à vide d&rsquo;octobre à décembre 2021 où personne ne semblait vouloir de mes services (à l&rsquo;exception d&rsquo;<a href="https://www.acte-zero.com/">actezéro</a>, merci à eux, j&rsquo;y reviendrai), j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;être embauché par les <a href="https://warlocs.com/">Warlocs</a>, collectif de traducteurs spécialisés dans le jeu vidéo. Depuis, comme si le boulot appelait le boulot, je n&rsquo;ai pas arrêté, et voici donc les principaux projets sur lesquels j&rsquo;ai travaillé.</p>
<ul>
<li>
<p><strong>Tombstar</strong> (<a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjHhof20-v5AhUQ9IUKHVEICQwQFnoECBIQAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fstore.steampowered.com%2Fapp%2F1165470%2FTombStar%2F&amp;usg=AOvVaw2Lvf4CUASc5I113fzO4PP1">Steam</a>, avec les Warlocs), un twin stick shooter mâtiné de rogue-like (je traduis pas si je veux, ok???), dans un univers space-western loufoque. Beaucoup de jeux de mots idiots, une traduction très drôle faite en collaboration avec <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwj29di00-v5AhVDhXMKHT26CrIQFnoECB8QAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fmobile.twitter.com%2Fkilliannari&amp;usg=AOvVaw0ZSjIZFW4hHrXcQIY1jfhG">Killian Nari</a>.</p>
</li>
<li>
<p><strong>Lord Winklebottom Investigates</strong> (<a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwiY47XN0-v5AhWJwYUKHS6pD6AQFnoECA8QAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fstore.steampowered.com%2Fapp%2F1024160%2FLord_Winklebottom_Investigates%2F&amp;usg=AOvVaw29joeFsgT9-ycozyzwcU8s">Steam</a>, avec les Warlocs), un point&rsquo;n&rsquo;click animalier dans lequel une giraffe et un hippo rappelant Sherlock et Watson enquêtent sur la mort mystérieuse d&rsquo;un axolotl. Un ton décalé et résolument anglais qui m&rsquo;a beaucoup plu. Je n&rsquo;en ai traduit qu&rsquo;une petite partie, l&rsquo;essentiel ayant été fait par <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwi5rbuR1Ov5AhXExYUKHXnFA0IQFnoECBsQAQ&amp;url=https%3A%2F%2Fmobile.twitter.com%2Fxtooph&amp;usg=AOvVaw0HwNMEUopnJvbTDLS1Kp3m">Christophe Pallarès</a>, a.k.a. &ldquo;chef&rdquo; (il adore).</p>
</li>
<li>
<p><strong>Sunshine Manor</strong> (<a href="https://store.steampowered.com/app/745730/Sunshine_Manor/">Steam</a>, avec les Warlocs), un hommage horrifique aux RPGs japonais 8-bit, dans lequel on explore un manoir entier et on tente de venir en aide à ses occupants. Un trip nostalgique qui plaira aux amateurs d&rsquo;horreur pixelisée.</p>
</li>
<li>
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden;">
      <iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share; fullscreen" loading="eager" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" src="https://www.youtube.com/embed/xCN5sQHaRGg?autoplay=0&amp;controls=1&amp;end=0&amp;loop=0&amp;mute=0&amp;start=0" style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%; border:0;" title="YouTube video"></iframe>
    </div>

</li>
<li>
<p><strong>Under the Waves</strong> (<a href="https://store.steampowered.com/app/1975440/Under_The_Waves/">Steam</a>, pour actezéro), un jeu d&rsquo;aventure narratif et sous-marin développé par les Français de <a href="https://parallel-studio.com/">Parallel Studio</a>, avec actezéro aux manettes narratives. Ils m&rsquo;ont fait confiance pour traduire la prose de Rik Godwin, et autant vous dire que j&rsquo;ai très hâte que vous mettiez la main sur le jeu (pas avant 2023, a priori).</p>
</li>
</ul>
<p>Hors localisation, j&rsquo;ai par ailleurs traduit la préface d&rsquo;un livre sur les photographies d&rsquo;arbre de <a href="https://www.michaelkenna.com/">Michael Kenna</a>, à venir aux éditions <a href="https://www.skira.net/en/editions-skira-paris/">Skira</a>. C&rsquo;était l&rsquo;occasion de découvrir le travail somptueux d&rsquo;un artiste que je ne connaissais que de nom. J&rsquo;ai également fait les sous-titres de deux courts documentaires qui apparaîtront dans la prochaine exposition de l&rsquo;EPFL, <em><a href="https://epfl-pavilions.ch/fr/exhibitions/cosmos-archaeology">Cosmos Archeology</a></em> (16.9.2022–5.2.2023).</p>
<p>Enfin, et c&rsquo;est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup : j&rsquo;ai signé un contrat pour la traduction de mon premier roman ! Je ne peux pas en dire beaucoup plus pour le moment, sinon que ce sera aux éditions Payot &amp; Rivages, et plus particulièrement chez <a href="https://www.payot-rivages.fr/rivages/catalogue/univers/le-noir">Rivages Noir</a> puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un polar&hellip; Ce qui veut dire qu&rsquo;on pourra un jour trouver en librairie un livre dans lequel sera écrit &ldquo;traduit par Clément Martin&rdquo;&hellip; et c&rsquo;est complètement fou.</p>
<p><img loading="lazy" src="/fr/posts/un-an-plus-tard/images/PXL_20220603_141014864.jpg"></p>
<p>Pour conclure, je me sens infiniment chanceux, et j&rsquo;entame cette nouvelle année (scolaire) avec beaucoup d&rsquo;enthousiasme pour tous les projets à venir — et avec un roman à traduire ! Quelle vie.<br>
Qui l&rsquo;eût cru ?</p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>#L10n</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/20220316-l10n/</link>
      <pubDate>Thu, 17 Mar 2022 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/20220316-l10n/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Derrière ce titre énigmatique, se cache l&amp;rsquo;abréviation désignant l&amp;rsquo;activité qui m&amp;rsquo;a occupé ces derniers mois : la &lt;strong&gt;localisation&lt;/strong&gt; (L + 10 lettres (si si, comptez-les) + n — malin, non ?) Mais qu&amp;rsquo;est-ce donc ? Il s&amp;rsquo;agit principalement du nom donné à la traduction de logiciels, jeux vidéo ou sites web. Pourquoi lui donner un nom différent ? Parce que s&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit dans les grandes lignes d&amp;rsquo;un exercice de traduction, avec toute l&amp;rsquo;adaptation culturelle que cela suppose, la localisation a des spécificités techniques, sur lesquelles je vais revenir brièvement.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Derrière ce titre énigmatique, se cache l&rsquo;abréviation désignant l&rsquo;activité qui m&rsquo;a occupé ces derniers mois : la <strong>localisation</strong> (L + 10 lettres (si si, comptez-les) + n — malin, non ?) Mais qu&rsquo;est-ce donc ? Il s&rsquo;agit principalement du nom donné à la traduction de logiciels, jeux vidéo ou sites web. Pourquoi lui donner un nom différent ? Parce que s&rsquo;il s&rsquo;agit dans les grandes lignes d&rsquo;un exercice de traduction, avec toute l&rsquo;adaptation culturelle que cela suppose, la localisation a des spécificités techniques, sur lesquelles je vais revenir brièvement.</p>
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<p><img alt="Logo des Warlocs" loading="lazy" src="/fr/posts/20220316-l10n/images/Untitled-1024x288.png"></p>
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<p><a href="https://warlocs.com/"><em>https://warlocs.com/</em></a></p>
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<p>Mais un peu de contexte : en janvier dernier, le collectif de traducteurs indépendants des Warlocs a eu la gentillesse de me confier la traduction de <em><a href="https://nomorerobots.io/not-tonight-2/">Not Tonight 2</a></em>. Ce jeu nous propose d&rsquo;incarner trois amis qui traversent des États-Unis dystopiques afin de sauver l&rsquo;un des leurs, prisonnier d&rsquo;une faction d&rsquo;extrémistes quasi-Trumpistes. Pour financer leur périple, ils travaillent comme videurs : le cœur du jeu consiste en des séquences de vérification de documents sous pression, inspirées de l&rsquo;excellent <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Papers,_Please">Papers, Please</a></em>.</p>
<p>Enthousiaste, je me suis donc plongé dans les pages&hellip; ou plutôt les fichiers. Comme de coutume dans le milieu, les quelque 70 000 mots à traduire m&rsquo;ont été livrés sous forme de tableaux, chaque ligne correspondant à un élément d&rsquo;interface, un paragraphe de narration, une réplique d&rsquo;un dialogue, etc. Au premier abord, c&rsquo;est un peu intimidant, mais on s&rsquo;y fait. Au fil de la traduction, j&rsquo;ai rencontré trois principales difficultés spécifiques à la localisation.</p>
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<p><img alt="Feuille Excel de localisation" loading="lazy" src="/fr/posts/20220316-l10n/images/Capture.png"></p>
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<p><em>Alors comme ça on aime les mots ?</em></p>
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<p>D&rsquo;abord, la question du nombre de caractères. L&rsquo;inflation d&rsquo;un texte traduit, joliment appelée &ldquo;foisonnement&rdquo; dans le milieu de l&rsquo;édition, doit être surveillée de très près en localisation. Par exemple, on considère habituellement qu&rsquo;un livre anglais devient 10 à 20% plus long une fois traduit en français. Si cela peut passer pour les répliques d&rsquo;un dialogue, c&rsquo;est parfois inenvisageable pour des éléments d&rsquo;interface qui ne disposent que d&rsquo;un espace réduit (comptez le nombre de caractères des différentes traductions possibles du mot &ldquo;run&rdquo;, vous verrez). C&rsquo;est pourquoi dans l&rsquo;image ci-dessus, on voit trois colonnes à droite qui me permettent d&rsquo;afficher le nombre de caractères en VO, en VF, et le coefficient de foisonnement, qui devient rouge s&rsquo;il dépasse 10%. J&rsquo;ai traduit avec l&rsquo;œil rivé sur ce dernier.</p>
<p>Ensuite, les contraintes liées au format lui-même. Si un texte se traduit de façon assez linéaire, ce n&rsquo;est pas forcément le cas ici : convertis pour un tableur, les textes des auteurs (souvent rédigés avec d&rsquo;autres outils) peuvent apparaître dans un ordre arbitraire. Cela amène parfois à traduire un dialogue dans le désordre, et rend sa cohérence difficile à respecter. Autre écueil : les identifiants de chaque ligne (Qui parle ? Dans quelle scène ?) peuvent manquer de clarté ou présenter des erreurs, ce qui oblige à faire preuve d&rsquo;une grande vigilance. Heureusement, les développeurs nous avaient fourni une version beta du jeu pour essayer d&rsquo;évaluer le contexte de chaque ligne, mais c&rsquo;est un luxe dont se passent la majorité de ceux qui font de la localisation.</p>
<p>Enfin, l&rsquo;impossibilité de <em>tout</em> traduire. Si la plupart des textes du jeu figurent dans les fichiers, ce n&rsquo;est parfois pas le cas des mots contenus dans les images qui constituent les décors. Prenons un exemple tiré de <em>Not Tonight 2</em> : on y rencontre une secte appelée &ldquo;<em>the Creed cult</em>&rdquo;, qu&rsquo;on aurait pu traduire par &ldquo;la secte du crédo&rdquo;. Cependant, le mot &ldquo;Creed&rdquo; apparaissant dans le décor, et n&rsquo;étant pas traduisible, j&rsquo;ai été obligé de le conserver, et de travailler autour. Ma traduction est devenue &ldquo;la secte Creed&rdquo; ; les membres de la secte, les &ldquo;<em>Creedsmen</em>&rdquo;, sont devenus les&hellip; &ldquo;Creediens&rdquo;. Cette traduction me satisfait parce que sa proximité avec &ldquo;Chrétien&rdquo; évoque quelque chose de religieux, mais je ne l&rsquo;aurais peut-être pas conservée si j&rsquo;avais eu les mains libres.</p>
<p>On pourrait, en amont, préparer tous les éléments du jeu pour qu&rsquo;ils soient traduisibles (c&rsquo;est le processus d&rsquo;<strong>internationalisation</strong>, ou i18n, i + 18 lettres + n — c&rsquo;est fou). Cela n&rsquo;est cependant pas toujours possible, ni désirable, et peut représenter un coût supplémentaire malvenu pour un petit studio.</p>
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<p><img alt="Meme de bob l&rsquo;éponge fan de tableurs" loading="lazy" src="/fr/posts/20220316-l10n/images/spreadsheets-spreadsheets-everywhere.jpg"></p>
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<p><em>&ldquo;Des tableaux&hellip; des tableaux partout</em> <em>!&rdquo;</em> - Moi après quelques semaines de travail.</p>
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<p>La localisation implique bien d&rsquo;autres contraintes : pour n&rsquo;en citer qu&rsquo;une seule (qui ne me concernait pas ici), il y a celle de traduire des répliques qui vont être enregistrées par des acteurs, ce qui apporte toutes sortes de difficultés bien connues des traducteurs de l&rsquo;audiovisuel. Au final, même si tous ces paramètres donnent parfois l&rsquo;impression qu&rsquo;on s&rsquo;est vu confier une mission impossible, la localisation est un travail passionnant, auquel je prends beaucoup de plaisir. J&rsquo;aurai l&rsquo;occasion d&rsquo;en reparler et de rentrer un peu plus dans les détails, puisque ma collaboration avec les Warlocs va se poursuivre avec plusieurs autres projets. Quoi qu&rsquo;il en soit, si ces quelques mots vous ont permis d&rsquo;en découvrir un peu plus sur l&rsquo;envers du décor, vous pourrez faire preuve d&rsquo;indulgence la prochaine fois qu&rsquo;une VF vous paraît approximative : le/la traducteurice a sûrement fait du mieux qu&rsquo;iel pouvait !</p>]]></content:encoded>
    </item>
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      <title>Lexinomicon</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/20211214-lexinomicon/</link>
      <pubDate>Tue, 14 Dec 2021 00:00:00 +0000</pubDate>
      <guid>https://clement-martin.fr/fr/posts/20211214-lexinomicon/</guid>
      <description>&lt;p&gt;J’ai beau avoir brièvement travaillé dans l’industrie du livre et savoir qu’il s’agit d’un produit comme un autre, j’ai toujours une certaine révérence pour l’objet lui-même. Le &lt;em&gt;Lexinomicon&lt;/em&gt;, jeu de rôle en une page créé par Grant Howitt et Becky Annison, nous propose de désacraliser cet objet une bonne fois pour toutes.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J’ai beau avoir brièvement travaillé dans l’industrie du livre et savoir qu’il s’agit d’un produit comme un autre, j’ai toujours une certaine révérence pour l’objet lui-même. Le <em>Lexinomicon</em>, jeu de rôle en une page créé par Grant Howitt et Becky Annison, nous propose de désacraliser cet objet une bonne fois pour toutes.</p>
<p>Le but ? Faire émerger les vérités et les entités qui se cachent derrière les mots en faisant subir à un livre de poche toutes sortes de manipulations : censure de certains mots, découpages, introduction de nouveaux personnages par les marges, combustion et autres actes impies. La traduction était très ludique, notamment pour des questions de mise en page (l’original ayant été créé avec colle et ciseaux), mais aussi pour recréer le ton vaguement menaçant de l’original.</p>
<p>Disclaimer : si je me suis bien amusé à le traduire, je n’ai pas encore réussi à me résoudre à y jouer… À vous de voir si vous y arriverez ! Vous trouverez ma traduction <a href="https://drumclem.itch.io/lexinomicon">ici</a> et l&rsquo;original <a href="https://www.drivethrurpg.com/product/380255/Lexinomicon">là</a>.</p>]]></content:encoded>
    </item>
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      <title>Pronoms de Dieu</title>
      <link>https://clement-martin.fr/fr/posts/20211201-pronomsdedieu/</link>
      <pubDate>Wed, 01 Dec 2021 00:00:00 +0000</pubDate>
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      <description>&lt;p&gt;J’aimerais vous parler sur ce blog des traductions sur lesquelles je travaille, à la fois pour montrer la cuisine interne que cela sous-entend et pour me forcer à exposer mes choix de façon claire et ainsi mieux me – et peut-être vous – convaincre de leur pertinence. (À un instant t, évidemment : on a toujours à redire quand on revient sur un texte après quelque temps.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commençons donc par ma traduction de fin d&amp;rsquo;études : &lt;em&gt;The Breath of the Sun&lt;/em&gt; (Aqueduct Press, 2018), par Isaac Fellman. Ce livre m&amp;rsquo;a donné du fil à retordre à plus d&amp;rsquo;un titre, et je ne savais pas trop quel extrait proposer ici. La croisade éphémère (et malhonnête) contre le pronom « iel » (très bien démontée dans &lt;a href=&#34;https://www.youtube.com/watch?v=tmLznjLR18A&#34;&gt;cette video&lt;/a&gt; de la chaîne Linguisticae) m&amp;rsquo;a donné un passage tout trouvé, puisque j&amp;rsquo;y utilise moi-même ce fameux pronom.&lt;/p&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J’aimerais vous parler sur ce blog des traductions sur lesquelles je travaille, à la fois pour montrer la cuisine interne que cela sous-entend et pour me forcer à exposer mes choix de façon claire et ainsi mieux me – et peut-être vous – convaincre de leur pertinence. (À un instant t, évidemment : on a toujours à redire quand on revient sur un texte après quelque temps.)</p>
<p>Commençons donc par ma traduction de fin d&rsquo;études : <em>The Breath of the Sun</em> (Aqueduct Press, 2018), par Isaac Fellman. Ce livre m&rsquo;a donné du fil à retordre à plus d&rsquo;un titre, et je ne savais pas trop quel extrait proposer ici. La croisade éphémère (et malhonnête) contre le pronom « iel » (très bien démontée dans <a href="https://www.youtube.com/watch?v=tmLznjLR18A">cette video</a> de la chaîne Linguisticae) m&rsquo;a donné un passage tout trouvé, puisque j&rsquo;y utilise moi-même ce fameux pronom.</p>
<p>Avant tout, un peu de contexte : Lamat, la narratrice, a récemment rencontré Disaine, scientifique et moine défroquée. Cette dernière veut l&rsquo;embaucher comme guide pour gravir la montagne qui domine leur monde et dont la cime dépasserait, selon la légende, la stratosphère. Lamat appartient cependant au peuple des Holohs : ils voient en la montagne leur divinité, et ne peuvent en faire l&rsquo;ascension qu&rsquo;au prix de cérémonies élaborées. Disaine insinue que Lamat n&rsquo;a pourtant eu aucun mal à briser les interdits de son peuple.</p>
<p>Voici sa réponse :</p>
<hr>
<p><strong>La source (p. 14) :</strong></p>
<blockquote>
<p>“It wasn’t that,” I said, and looked over the basket at the side of the mountain, with its billion footholds in the snow. Snow on God’s body, dry and fine. “It wasn’t easy to break at all. But I thought — and I still think, even though it was such a disaster, even though people died and marriages ended…”<br>
“Yes?”<br>
“I grew up being told that God doesn’t want us to climb. That we wound Them with our feet, that we blood Them with our fingernails. And that I’m not sure it’s true. The Holoh are the only people who are visible to God. Why would They choose us, if not so that we could someday see Them face to face?”</p>
</blockquote>
<p><strong>Ma traduction :</strong></p>
<blockquote>
<p>– Ce n’est pas ça », ai-je répondu en regardant, derrière la nacelle, la montagne et ses milliards de points d’appui dans la neige. De la neige sur le corps de Dieu, sèche et fine. « Ça n’a pas été facile du tout. Mais je me suis dit – et je me dis encore, malgré le désastre, même s’il y a eu des morts et des mariages brisés…<br>
– Oui ?<br>
– On m’a toujours dit que Dieu ne voulait pas qu’on grimpe. Que nos pieds Læ blessaient, que nos ongles L’écorchaient. Et je ne suis pas sûre que ce soit vrai. Les Holohs sont le seul peuple visible aux yeux de Dieu. Pourquoi nous choisirait-Iel, sinon pour que nous puissions un jour Læ voir en face ? »</p>
</blockquote>
<hr>
<p>Lamat utilise le pronom neutre singulier &ldquo;They&rdquo; pour parler de Dieu / de la montagne, et une majuscule renforce son caractère divin. L&rsquo;emploi est d&rsquo;autant plus intéressant que Disaine, elle, utilise &ldquo;He&rdquo;, pronom masculin singulier, pour parler de ce même Dieu. Les discussions théologiques sont fréquentes dans le roman, et il faut préserver leurs nuances. Impossible, donc, de neutraliser ici la différence en faisant dire <em>il</em> aux deux personnages, et ce d&rsquo;autant plus que la question du genre est centrale dans le livre.</p>
<p>À ce stade, le traducteur angoisse. Comment traduire cela, dans une langue aussi genrée que le français ? Si l&rsquo;emploi singulier de <em>they</em> est parfaitement attesté en anglais (depuis 1375 au moins, <a href="https://public.oed.com/blog/a-brief-history-of-singular-they/">nous confirme l&rsquo;Oxford English Dictionary</a>), le français manque cruellement de pronoms neutres&hellip; Du moins c&rsquo;est ce que je croyais. Mes recherches m&rsquo;ont ainsi amené vers <em>iel</em>, bien sûr, mais j&rsquo;ai également découvert <em>ael, al, el, ol, ul</em>, <em>yel</em> ou encore <em>ille</em>. Certains sont des régionalismes, certains existaient déjà en ancien français, et d&rsquo;autres sont des néologismes plus récents, mais il y a de quoi faire.</p>
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<p><img alt="Close-up on &ldquo;they&rdquo; from William &amp; the Werewolf (1375)" loading="lazy" src="/fr/posts/20211201-pronomsdedieu/images/they.jpg"></p>
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<p><em>L&rsquo;emploi de <em>they</em> singulier est si ancien qu&rsquo;on l&rsquo;a d&rsquo;abord écrit <em>þei</em> ! Oui, il date donc d&rsquo;avant le célèbre <em>th</em> anglais qui a fait postillonner tant d&rsquo;écoliers.</em></p>
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<p>Ce sont cependant des pronoms que peu de lecteurs ont l&rsquo;habitude de rencontrer. Ma traduction présenterait donc nécessairement une étrangeté absente de l&rsquo;original, et j&rsquo;ai décidé d&rsquo;employer &ldquo;iel&rdquo; pour la réduire au minimum : on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un mélange d&rsquo;<em>il</em> et <em>elle</em>, et cette diphtongue est assez commune en français pour ne pas perturber l&rsquo;oreille.</p>
<p>Cette question réglée, il me restait à m&rsquo;occuper du cas &ldquo;Them&rdquo;. Deuxième moment d&rsquo;angoisse pour le traducteur. Il aurait en effet été dommage d&rsquo;utiliser à la fois le pronom <em>iel</em> et un pronom personnel complément comme <em>le</em> ou <em>la</em> qui ramènerait ainsi le Dieu neutre de Lamat au genre masculin ou féminin. Nouvelles recherches, nouvelles trouvailles : j&rsquo;aurais pu utiliser <em>Lo, Lea, Lu</em> ou encore <em>Lae</em>. Partant du principe que le peuple de Lamat est penché sur la tradition et parle une langue un rien archaïque, j&rsquo;ai décidé d&rsquo;utiliser <em>Lae</em> et d&rsquo;y ajouter une ligature pour obtenir <em>Læ</em> (plutôt rare en français, elle est essentiellement utilisée dans des emprunts du latin, ce qui donne au pronom un aspect historique).</p>
<p>Ce ne sont pas nécessairement des pronoms que j&rsquo;utilise au quotidien. Je les lis assez peu et les entends encore moins, mais il m&rsquo;a semblé qu&rsquo;ils seraient les mieux à même de servir le texte. Alors oui, quelqu&rsquo;un qui ne les a jamais rencontrés hésitera probablement à la lecture : il se demandera brièvement ce que désigne <em>iel</em>, comment prononcer <em>læ</em>&hellip; Mais il percevra j&rsquo;espère une autre dimension de ce qui sépare les deux personnages principaux, et sa compréhension du livre s&rsquo;en trouvera enrichie.</p>]]></content:encoded>
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