L’arme noble d’une époque civilisée

Luke and Obi-Wan Kenobi looking at a keyboard

En tant que traducteur, j’ai coutume de dire que je me vois plutôt comme un artisan que comme un artiste. Et s’il y a quelque chose qui caractérise un bon artisan, c’est qu’il utilise les bons outils. Mais quels sont-ils, ces outils du traducteur ? Réfléchissons :

  • Un logiciel de traitement de texte
  • Des dictionnaires (unilingue, bilingue, techniques, de synonymes, d’argot, de jurons, d’onomatopées… TOUS les dictionnaires)
  • Un correcteur orthographique
  • Des ouvrages de référence (glossaires, manuels en tous genres…)
  • Une encyclopédie en ligne
  • Un outil de TAO ?
  • Une intelligence artificielle générative (Pourquoi pas ? Lisez ceci.)

J’ai déjà tout cela et j’en fais un usage régulier. Est-ce tout, cependant ? Non ! Ce serait oublier le plus fondamental d’entre eux, et celles et ceux qui ont l’œil affûté et apprécient mon talent pour la retouche d’image discrète l’ont deviné : il s’agit bien du clavier. (Car non, je ne traduis pas au stylo, le trouvant dangereusement dépourvu de fonction sauvegarde.)

Le clavier, donc. Mais pas n’importe lequel.

Il existe toutes sortes de claviers : des petits et des grands, des à membrane et des mécaniques, des sobres et des proches de l’arbre de Noël. Mais je ne m’intéresse pas tant à ces (par ailleurs merveilleux) objets, qu’à la disposition de leurs touches. Vous connaissez sûrement les deux plus célèbres : la QWERTY, brevetée en 1878, a sorti les claviers de l’ordre alphabétique pour éviter que les barres de lettres des machines à écrire ne s’emmêlent ; l’AZERTY, quelques années plus tard, a adapté cette approche à la langue française.

Il en existe bien d’autres, mais je voudrais revenir sur l’une d’entre elles ; un projet comparativement récent (entamé en 2008) qui correspond parfaitement à mes besoins: le qwerty-fr. Jugez plutôt.

La première chose que l’on remarque sur cette photo (à part ce très beau mug et le fait que je devrais faire la poussière), c’est qu’il y a vraiment beaucoup de symboles sur ce clavier. Et c’est là la grande force du qwerty-fr : avoir tous ces caractères à portée de main. Qui a besoin de tout ça ? Eh bien, moi, déjà. Mais peut-être que vous aussi. Je m’explique.

Je partage mon temps entre la traduction d’édition (romans, etc.) et la traduction de jeux vidéo. En pratique, cela signifie que je travaille soit dans un logiciel de traitement de texte, soit dans un tableur (Excel, par ex.). Si le premier remplace automatiquement les guillements droits (« ) par des guillemets français (« »), ce n’est pas le cas du second. Pour écrire un dialogue français, il fallait donc soit que je copie ces symboles depuis un autre texte, soit que j’utilise les codes ascii. Cette méthode revient à maintenir la touche alt et taper une combinaison de chiffres sur mon pavé numérique (ainsi alt + 174 donne «). Cette méthode, quoique fiable, 1/ est chronophage, et 2/ nécessite un pavé numérique (qui fait souvent défaut sur un pc portable).

Avec le qwerty-fr, plus besoin de mémoriser une énorme liste de combinaisons, tout est à portée de main. On peut facilement utiliser tous les caractères spéciaux du français. Et ça ne s’arrête pas là !

Si vous revenez à la photo de mon clavier ci-dessus, vous remarquerez qu’il y a beaucoup d’autres symboles : des signes mathématiques (≠ ≈ ≤ ≥), des ligatures (œ Œ æ Æ), des signes typographiques comme les tirets cadratin (—) et semi-cadratin (–), toute une gamme de diacritiques (les symboles modifiant la prononciation d’une lettre, donc les accents, cédilles, umlauts, ronds en chef, etc.), j’en passe et des meilleurs. Via l’utilisation intelligente des touches de modification, maj et alt gr, on peut ainsi taper dans la majorité des langues utilisant l’alphabet latin. Et c’est grisant ! Même si on n’a pas au quotidien l’usage de tous ces symboles, la simple perspective d’avoir accès à tout ça donne envie d’explorer, et de découvrir tous ces univers linguistiques.

Mais, bien sûr, il y a un temps d’apprentissage. Comme son nom l’indique, cette disposition utilise une base QWERTY, et si vous avez toujours tapé sur un clavier en AZERTY (ou autre), il vous faudra reprendre vos marques. Ça m’a pris quelques semaines, mais ça devient vite une seconde nature. Et la liberté typographique qu’on acquiert vaut bien de passer quelque temps à chercher comment taper tel ou tel caractère.

Si votre travail ou votre hobby implique de beaucoup taper et de régulièrement changer de langues (en vous limitant cependant au seul alphabet latin), je vous recommande chaudement d’essayer le qwerty-fr. Vous pouvez le faire en ligne sur la page du qwerty-fr. La disposition est très facile à installer sur Windows, Mac et Linux. Et même pas besoin de changer de clavier !

Pas besoin non plus de vous en faire construire un sur mesure, et de faire une vidéo idiote pour montrer combien il est fabuleux.

Mais bon.

4 commentaires

  1. Pourquoi pas un Azerty.fr avec les caractères spéciaux sans devoir changer nos habitudes ?

    1. Pour pas mal d’applications (notamment vidéoludiques), le qwerty est la configuration par défaut : le qwerty-fr me permet de ne jamais avoir à redéfinir mes touches, tout en ayant accès aux accents etc.

      Par ailleurs, je trouve plus logique le placement en qwerty des caractères spéciaux utilisés pour coder, comme ( ) [ ] { }  » | / \ etc.

      Mais de toute façon, il faut reprendre ses marques !

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